Archive | octobre, 2009

We might not want to go away with them…

29 oct

« AWAY WE GO » de Sam Mendès (6/10)
(Sortie le 4 novembre 2009)

Burt (John Krasinski) et Verona (Maya Rudolphe) vont avoir un enfant. Ils décident de quitter la ville de province où ils avaient emménagé pour être près des parents de Burt, car ces derniers déménagent en Belgique. La solution pour trouver le meilleur endroit pour élever son enfant : un voyage à la rencontre de nouvelles destinations, familles et amis. Chaque rencontre va leur apporter un exemple de ce qu’il faut faire ou ne pas faire avec ses enfants… Un voyage plein de surprises !

Le concept est connu : un voyage plein de rencontres enrichissantes, où l’on en apprend un peu plus sur soi-même. Selon l’imagination du réalisateur, c’est un thème qui promet ! On l’a vu, entre autres, dans « Cold Mountain » (Anthony Minghella) et, récemment, dans « Into the Wild » (Sean Penn), qui a conquis des milliers de personnes. Bien sûr, dans « Cold Mountain », le voyage est quelque peu forcé et n’est pas un but en soi, car il y a une destination. Dans « Into the Wild », c’est une initiative personnelle avec un but bien précis : goûter à la liberté, se retrouver en communion avec la nature, se retrouver seul avec soi-même. Dans « Away we go », on ne retrouve pas l’intensité de « Cold Mountain » et « Into the Wild », où le personnage principal est triste et désespéré ; nous sommes dans un tout autre registre.

Ce film est assez joyeux, bien plus joyeux en tout cas que « American Beauty » et « Revolutionary Road », avec lesquels Sam Mendès nous a bien sapé le moral. Il comporte plus de répliques comiques que de séquences émotion. D’ailleurs, certaines répliques sont réellement bien trouvées, et c’est ce qui m’a le plus plu dans le film. Certaines situations sont aussi vraiment étonnantes ! Quant aux séquences émotion, il y en a un peu trop et elles sont assez énervantes, car il n’y a jamais de vrais problèmes soulevés. Il y a eu « Are we Fuck-ups ? » (Traduit par « Est-ce qu’on a la loose ? ») et quelque chose du genre « Nobody loves like we love each other, right ? »(Traduit par « Personne ne s’aime comme on s’aime, pas vrai ? »). Donc voici les deux problèmes majeurs de Burt et Verona : sont-ils des loosers et, parmi les 6 milliards et quelque de gens sur terre, gagnent-ils le concours de l’amour le plus fou. C’est charmant, certes, mais ce n’est pas transcendant : on reste sur sa faim. On a l’impression qu’ils n’apprennent pas grand-chose, qu’ils ont juste été spectateurs, témoin du mode de vie délirant de plusieurs personnes et que cela s’arrête là. On en veut plus !

Ce qui est beau, en revanche, c’est leur relation, leur complicité. On a vu dans « Revolutionary road » un amour brisé, qui souffre énormément. Ici, au contraire, on est face à un amour pur, à des gens qui s’aiment à mourir, et cela se voit ! On apprécie également le fait que Sam Mendès ait choisit des acteurs peu connus. On a vu Maya Rudolphe dernièrement dans « Idiocracy », un film qui fait mal psychologiquement et physiquement. Quant à John Krasinski, il s’est surtout fait connaître dans la série très populaire « The Office ».

Bref, un film qui vous fera beaucoup rire et passer un assez bon moment, sans pour autant vous combler …

Sarah Rashidian

Les films à voir sans poser de questions et sans regarder la bande annonce

19 oct

 Voici une liste de films qui m’ont fait passer des moments inoubliables. Ils ont tous un point commun-devinez lequel? A ne pas manquer  :

- "Old boy" de Park Chan Wook (2004) : Film parfait sous tous les angles.

Après une soirée arrosée, Oh Daesu (Choi Min-sik)  se fait enlever alors qu’il va rentrer chez lui rejoindre sa femme et sa fille. Personne ne sait où il est et encore moins qu’il va y rester quinze ans. Enfermé dans une chambre dans laquelle seule une télévision fera office de fenêtre sur le monde, il frôle la démence et s’interroge sans cesse sur les raisons de ce kidnapping. Une fois dehors, assoiffé de vengeance, il cherche des réponses : Pourquoi lui ? Pourquoi l’a-t-on enfermé ? Pourquoi l’a-t-on laissé sortir ? Pourquoi quinze ans ? Il retrouve facilement le responsable (Yoo Ji-tae) et ce dernier va apporter toutes les réponses à ses questions…par une mise en scène maléfique, mais brillamment orchestrée.

- "Unbreakable" ["Incassable"] M. Night Shyamalan) (2000) : Film très lent, mais histoire très prenante.

Depuis sa naissance, Elijah Price (Samuel L. Jackson) à la maladie des os de verre ou ostéogénèse imparfaite. Passionné par les bandes dessinés et surtout les super héros qui sont tout son contraire, sa vie change le jour où il rencontre le seul survivant (Bruce Willis) d’un accident ferroviaire qui a fait 131 morts. Qui est cet homme ? Comment a t’il pu survivre ? Pourquoi Elijah s’intéresse t’il a lui ?

- "The village"  ["Le village"] de M. Night Shyamalan (2004) : Film très philosophique, concept très original.

Les habitants d’un petit village isolé vivent dans la peur, persuadé que des créatures mystiques se trouvent dans les vois environnants. Personne ne s’éloigne des maisons, personne ne sort du village, personne ne met les pieds dans les bois. Mais un évènement inattendu vient changer le cours des choses, une jeune fille (Bryce Dallas Howard) va devoir traverser les bois, que va-t-elle découvrir ?

- "Dot the I" ["Attraction fatale"] de Matthew Parkhill (2004): Film très original.

Carmen (Natalia Verbeke), danseuse espagnole de flamenco et très caractérielle est sur le point d’épouser Barnaby (James D’Arcy), un riche anglais très affectif mais très ennuyeux. Lors de son enterrement de vie de jeune fille, elle va faire la rencontre de Kit (Gaël Garcia Bernal), un jeune acteur brésilien qui va la troubler et avec qui elle va vivre une histoire d’amour passionnelle.

- "Awake" de Joby Harold (2008) : Des acteurs à visage d’ange pour une histoire diabolique. Mais une fin qui laisse à désirer.

Clay (Hayden Christensen) est sur le point de se faire opérer mais quelque chose de tragique se déroule. Alors qu’il est censé être sous complète anesthésie, il retrouve conscience mais reste paralysé et parait endormi. Personne ne peut lui venir en aide, il va tout entendre, tout ressentir et découvrir que son opération ne se déroule pas comme prévu…

-"Derailed" ["Dérapage"] de Mikaël Hafstrom (2006)

Charles Schine (Clive Owen), marié et père de famille fait la rencontre de Lucinda Harris (Jennifer Aniston), une jeune femme marié, très séduisante qui va lui plaire instantanément et avec qui il va avoir une liaison. Cependant, un soir, alors qu’ils sont dans une chambre d’hôtel et s’apprêtent à être infidèles, un homme armé (Vincent Cassel)entre dans leur chambre. Très vite arrivent les regrets, leur vie devient un véritable cauchemar….

Sarah Rashidian

Le cinéma coréen dans toute sa splendeur !

19 oct

Trilogie de la vengeance par Park Chan Wook

 Je vous propose de découvrir une trilogie réalisée par le Coréen Park Chan Wook (« Quel nom exotique ! », pensez-vous certainement !). J’accorderai toutefois plus d’importance au deuxième volet, qui est mon film préféré. Je vous ai fait languir assez longtemps : il s’agit de “Old Boy”. Inutile d’épiloguer : voici la vengeance selon Park Chan Wook.

1) ACTE I : “Sympathy for Mr Vengeance” (2003)

Lorsque Ryu (Shin Ha-Kyun), un ouvrier sourd et muet, se fait renvoyer, rien ne va plus : sa sœur (Lim Ji-Eun) doit se faire opérer et sans travail, il ne peut plus l’aider financièrement. Sa fiancée, Young-Mi (Bae Doona), lui propose alors de kidnapper la fille de son ancien patron, Dongjin (Song Kang-Ho), et de demander une rançon qui pourra aider à couvrir les frais de l’opération chirurgicale. Le plan semble parfait. Ils ne font aucun mal à la petite fille et en viennent même à sympathiser avec elle. Mais accidentellement, l’enfant se noie et cette noyade marque le début d’une série de vengeances bestiales et sans pitié.

2) ACTE II : “Old Boy” (2004)

Après une soirée arrosée, Oh Daesu (Choi Min-sik)  se fait enlever alors qu’il va rentrer chez lui rejoindre sa femme et sa fille. Personne ne sait où il est et encore moins qu’il va y rester quinze ans. Enfermé dans une chambre dans laquelle seule une télévision fera office de fenêtre sur le monde, il frôle la démence et s’interroge sans cesse sur les raisons de ce kidnapping. Une fois dehors, assoiffé de vengeance, il cherche des réponses : Pourquoi lui ? Pourquoi l’a-t-on enfermé ? Pourquoi l’a-t-on laissé sortir ? Pourquoi quinze ans ? Il retrouve facilement le responsable (Yoo Ji-tae) et ce dernier va apporter toutes les réponses à ses questions… par une mise en scène maléfique, mais brillamment orchestrée.

3) ACTE III : “Lady Vengeance” (2005)

Elle est belle, elle est jeune et elle est aussi accusée de l’enlèvement et du meurtre d’un garçon de cinq ans et condamnée à treize ans de prison. Pendant sa détention, Geum-ja (Yeong-ae Lee) fait la connaissance de plusieurs femmes. Chacune a son histoire, chacune a ses malheurs, mais elles ont, pour la plupart, quelque chose en commun : elles souhaitent aider Geum-ja à se venger à sa sortie de prison. De qui ? Pourquoi ? Comment ? Il faudra attendre treize ans  de préparation minutieuse pour qu’elle donne la réponse à ces questions.

J’avais quinze ans quand j’ai vu Old Boy pour la première fois, et ce n’était pas pour les bonnes raisons. J’avais eu un débat « philosophique » avec mon cousin « philosophe », durant lequel je tenais absolument à lui faire dire que le « grand cinéma » était un terme à utiliser de façon relative et que si j’en avais envie, je pouvais dire que« Danny the dog » était du « grand cinéma ». Vous connaissez les philosophes : ils ne vous donnent jamais raison ! La conversation a donc abouti à : « Va voir Old Boy ! Ce n’est pas vraiment la même histoire, mais c’est dans le même genre, et ça, c’est du grand cinéma ! ». Voulant à tout prix lui démontrer qu’il était possible de préférer « le Chien Danny » au « Vieux Monsieur », je décidai de voir ce film tout en gardant en tête mon cri de guerre : « Jet li forever ! Jet li forever ! ». A l’époque, ma culture cinématographique était assez limitée et j’étais plus ou moins hermétique aux films étrangers. Alors pour accepter de voir un film coréen, il fallait vraiment que j’aie quelque chose à prouver ! Si je propose cet article dans la rubrique des « coups de cœur », vous vous doutez bien que mon pari fut perdu et que mon « philosophe » de cousin avait, bien malgré moi, raison. Old Boy est le film qui m’a fait aimer le cinéma. Il est à l’origine de ma passion pour le septième art. C’est simplement l’un des seuls films que j’aie vu qui, selon moi, atteint la perfection. Il est beau, il est fort, c’est du  très très « grand cinéma ». Mesdames et Messieurs, je vous présente « Old Boy ».

“Old Boy” est l’adaptation d’un manga, qui a valu à son réalisateur Park Chan-Wook le Grand Prix du festival de Cannes et une entrée sur la scène internationale. Ce film est au centre d’une trilogie de la vengeance, précédé par le violent “Sympathy for Mr. Vengeance” (2003) et suivi par le touchant “Lady Vengeance” (2005).
   
•  Avec le premier volet, on est plongé dans une vengeance purement physique, qui lasse quelque peu par sa bestialité. Ce n’est pas un film atroce, mais il fait pâle figure comparé aux deux chefs d’œuvre qui le suivent. Le film est assez émouvant : chacun veut venger un être cher, ce qui donne un savant mélange entre amour passionné et haine profonde. Il est assez beau dans son esthétique grâce à la musique qui rend poétique les scènes les plus épouvantables. Mais le film est trop brutal : le sang, les cris et la torture pourraient suffire à le résumer. Ce premier volet montre l’aspect le plus trivial de la vengeance, ce qui n’est pas nécessairement le plus intéressant. Insuffisamment pensé, insuffisamment  « tordu », c’est  un film sans surprises, qui n’étonne pas ; pire, l’histoire finit par agacer. Car cette suite d’actions malsaines, qui n’apportent rien à personne, ne propose qu’une vengeance violente, une haine incontrôlée et sans tact. Bref, « Sympathy for Mister Vengeance » est un début peu prometteur.
     
• Le dernier volet, lui, est beaucoup plus réfléchi : il concilie blessure sentimentale, violence et intelligente mise en scène. Ne se limitant pas à la vengeance purement physique et bestiale, il nous apporte beaucoup plus que « Sympathy for Mr Vengeance ». Ici, on sympathise largement avec les vengeurs  et c’est un sentiment très singulier. Le film est touchant et réussi bien que les motivations de la vengeance ne soient pas particulièrement originales. L’intérêt du film réside dans la vengeance en elle-même – non pas les méthodes, peu originales, mais dans les acteurs de cette vengeance, des gens tout à fait normaux. Il manque juste la surprise, la fin fracassante qui vous laisse sans souffle.
     
• Entre ces deux volets, Park Chan Wook nous offre le fabuleux  “Old Boy”. L’histoire est passionnante et surprenante jusqu’à la dernière minute ; la vengeance, des mieux pensées, car elle est motivée par une haine patiente et redoutable ; et les acteurs, absolument géniaux. En effet, Choi Min-sik peut aussi bien nous faire rire que pleurer. Il garde la même intensité dans les moments de tristesse que dans ceux de violence. Il est tout simplement troublant et on s’attache vraiment à lui. Quant à Yoo Ji-tae, “le méchant”, celui qui ne pardonne pas, on le déteste et on l’admire tout à la fois. On découvre une torture psychologique sans pitié, qui n’est quasiment pas présente dans les deux autres films. La violence est certes présente, mais la vengeance va plus loin et s’acharne sur les sentiments de la victime. Certains reprochent au réalisateur de ne pas avoir soigné les dialogues. C’est vrai, mais c’est un choix du réalisateur, celui de privilégier la musique, qui, selon le déroulement de l’action, nous transmet les sentiments mieux que n’importe quels mots.
On pourrait se demander s’il y a une évolution entre ces trois films. Si tel est le cas, “Lady Vengeance” ne peut être considéré comme l’aboutissement de la trilogie, car il contient certes plus d’éléments que “Sympathy for Mr Vengeance”, mais nettement moins que “Old Boy”. Ce dernier aurait largement mérité de clôturer en beauté le travail de Park Chan Wook. Les premier et troisième volets sont imparfaits et on retrouve tous les éléments manquants dans le chef d’œuvre du second volet. Cette combinaison parfaite gâche quelque peu “Lady Vengeance”, qui n’a simplement pas su l’égaler. On plonge dans la magie du cinéma coréen, qui mélange aisément tous les registres. On se retrouve à vouloir rire lors d’une scène de meurtre et pleurer pendant un acte sexuel. Bref, un cocktail de sensations fortes mêlé à une musique tout aussi variée, qui sait remplacer les mots quand il le faut.            

En tout cas, Park Chan Wook traite de la vengeance d’une façon peu commune. Il est très difficile de juger les personnages haineux et blessés qu’il met en scène tant les situations sont extrêmes et traumatisantes. L’avis général veut que l’on puisse aller au-delà de notre haine et pardonner : ces trois films mettent précisément en scène des situations où nul ne pourrait échapper à l’envie de se venger.

Sarah Rashidian

« Une histoire d’amour impossible, original ? Pas vraiment. Intriguant, passionnant ? Non plus… »

19 oct

« Ne touchez pas à la hache » de Jacques Rivette (2006)

 Le général Armand de Montriveau tombe follement amoureux d’Antoinette de Navarreins, épouse du duc de Langeais dès leur première rencontre. Bien que mariée, elle le séduit sans pour autant se donner à lui ce qui ne tarde pas à agacer Armand qui décide de ne plus se laisser faire et de se venger de sa belle.

      Un amour impossible et aliénant : qui ne serait pas partant ? Voir comment deux personnes se désintègrent, sont martyrisées par une passion dévastatrice : Je dis oui ! Et pourtant, « Ne touchez pas à la hache » de Rivette ne me satisfait pas, je ne suis pas bouleversé, émue, attachée aux personnages ; pas avide de connaître la fin. Je subis, agacée par les indécisions d’Antoinette de Langeais (Jane Balibard), les crises de rage de Armant de Montriveau (Guillaume Depardieu), la lenteur du dénouement, l’absence de solution. Je ne veux ni que ça s’arrange, ni que ça s’aggrave : aucune importance.

      Mais il faut savoir que le jeu des acteurs est très touchant, ils sont convaincants, ils ont l’air sincères Je pense tout particulièrement à une scène qui représente bien l’enjeux du film : LA scène où est énoncé le titre par Armand. Antoinette dans devant lui qui ressent sa présence comme un parfum enivrant. Elle vient s’asseoir près de lui, une femme les sépare et on ressent comme un fossé entre les deux « amants ». Ils ne veulent plus les mêmes choses, il l’aime mais commence à la haïr pour le mal qu’il lui fait. Il réagit enfin, il la menace, il sait qu’il s’est fait manipuler. Il lui parle comme un être supérieur, comme un sorcier qui la condamne. On sent qu’elle l’aime et qu’elle le veut mais lui veut sa revanche, il lui fait peur, il veut prendre les choses en main. Le vrai visage des personnages est dévoilé dans cette scène merveilleusement bien réalisée.

     Je ne reproche donc rien aux personnages, ni d’ailleurs à la mise en scène que je trouve très réfléchie et réussie. J’apprécie de même les retournements de situation : Armand est objet au départ, il est passif, il accepte les invitations d’Antoinette et subit le jeu de séduction  alors qu’Antoinette est farouchement active et contrôle tout à fait la situation. Au milieu, sans doute lors de la scène que j’ai évoquée précédemment, les rôles sont échangés, Armand refuse de continuer ainsi, il veut des résultats, il veut qu’elle lui appartienne, il devient actif (enlèvement, intrusion brutale dans son espace privé etc.) et Antoinette est dépassée par les sentiments, elle ne contrôle plus rien. J’apprécie d’être témoin de l’évolution visible de la relation des deux amants.

     Deux répliques sont à retenir, elles sont représentatives de moments clés de l’idylle. La première prononcée par Armand au début de leur histoire : « Mme de Langeais sera ma maîtresse ». Il annonce son but sans s’adresser à personne, il a comprit qu’elle allait l’aimer. La seconde réplique est prononcée par Antoinette au moment le plus critique du film, quand les choses se corsent, quand Armand devient violent et exigent. Elle est seule, elle pleure et elle dit dans le désespoir le plus profond : « Je l’aime ».

     Il est donc intéressant de voir les effets de cet amour destructeur, la métamorphose des personnages, de deviner le destin tragique qui les attend. L’enjeu est immense alors qu’ils se sont à peine touché, le moindre effleurement en devient érotique tant ils ont imposé une distance phénoménale entre eux.

     Malgré tout cela, le film m’a ennuyé, je l’ai trouvé désagréable à regarder, trop long, trop lent, pressée que ça s’arrête, je voulais dormir, partir, même crier par moments. J’accordais plus d’importance aux belles robes de Antoinette, à ses rubans, sa coiffure, l’amourette entre ses deux serviteurs Lisette et Julien. Il y avait tant de petites choses qui paraissaient plus excitantes que cet amour platonique et compliqué. Il est difficile d’adhérer à cet enfermement des sentiments, l’époque veut que ce soit ainsi, les désirs sont contenus, les choix des uns touchent profondément la vie des autres, toute décision est calculée et a des conséquences considérables.

     Je conclurais donc : bonne mise en scène mais trop théâtrale pour le grand écran / Film ennuyant à mourir.

Sarah Rashidian

LA VENGEANCE A TOUT PRIX !

19 oct

Ce qui est intéressant quand on est obsédé par le cinéma et capable de voir 5 films d’affilée, c’est de procéder par thème. Bien sûr on peut aussi procéder par acteurs (-trices) et voir à la suite des films où l’on peut admirer Brad Pitt ou Angelina Jolie mais là, l’intérêt n’est plus cinématographique, c’est tout à fait différent ! J’avais envie de voir « The brave one » (« A vif ») depuis longtemps malgré les mauvaises critiques et le côté prévisible de l’intrigue. Le thème de la vengeance m’obsède, j’aime les déclarations du type : « pardonne à ton prochain », « tout le monde mérite une seconde chance », « tout le monde est capable de changer », « Ca ne la ramènera pas tu sais ?! ». Tout ça c’est bien vrai, mais ce sentiment que l’on doit ressentir quand une injustice est faite à votre égard, quand, en clin d’œil, un monstre, abruti, pervers, à peine humain vous enlève une partie de votre vie et que, lui, l’oublie facilement parce que c’est sa nature mais vous, jamais, ce sentiment-là m’intéresse. « Non non » je ne suis pas une psychopathe et  « non non » je n’essaie pas de vous convertir à la vengeance car moi-même je reste sceptique mais lorsque quelqu’un ruine votre vie de la sorte, comment échapper au désir de vengeance ? Je me demande simplement comment quelqu’un à qui il arrive des malheurs du genre « meurtre de sang froid d’un membre de la famille proche », peut faire le deuil et rester en paix. Bref, tout cela c’est qui arrive à Erika et Nick dans « A Vif »  et « Death sentence ». J’ai donc décidé de voir ces deux films très similaires à la suite,  histoire de passer une bonne soirée à réfléchir si oui ou non je serais prête à tuer un tueur. Certes j’étais légèrement indignée et furieuse à la fin mais, d’une part, je l’avais cherché et, d’autre part, ce fut très intéressant de voir à quel point la conception de la vengeance change en passant d’un film à l’autre. L’un en fait l’éloge, l’autre le blâme, qui a raison ? A vous de voir… 

«  The Brave one » [«  A vif »], de Neil Jordan

Quand Erica et son petit ami se font agresser un soir à NY, c’est le début d’une vie de haine, de rancune et de terreur pour Erica qui s’en sort et qui doit vivre avec les souvenirs de l’assassinat de son fiancé. Ils étaient heureux, ne faisaient de mal à personne, Erica avait même une émission de radio où elle faisait constamment l’éloge de New York, ville qui avait le mérite de l’inspirer positivement. Tout va changer d’un jour à l’autre, New York devient son pire cauchemar et Erika passe du « côté obscur ». Elle s’équipe, se munit d’un courage exemplaire et décide qu’elle ne se laissera plus jamais faire. Elle devient vite une héroïne, tueuse de tueurs et ça lui plaît, et il faut dire qu’à nous aussi. Elle n’a plus peur et pense que tout cela l’aide à faire le deuil de son fiancé. C’est l’histoire d’une femme qui refuse d’écouter sa raison et suit son cœur qui lui recommande formellement de SE VENGER ! Une question vient à l’esprit une fois le film fini : Qu’aurais-je fait à sa place ? On pleure Erika, on veut torturer les malfrats et étriper la police qui ne fait rien, ce n’est pas tous les jours qu’on ressent ça ! Attention âmes sensibles : Ce film est pro vengeance.

 
« Death Sentence », un film de James Wan

      

Nick Hume était épanoui et menait une vie tout à fait paisible avec sa femme et ses deux fils mais, un jour, tout a basculé. Alors qu’un soir, accompagné de son fils aîné Brendan, il allait faire le plein d’essence, un voyou qui voulait faire ses preuves et entrer dans un gang assassine Brendan de sang froid, et le cauchemar commence. Nick n’accepte pas ce qui lui arrive et il accepte encore moins que le tueur de son fils, Joe Darly, bien qu’arrêté, soit libéré peu après. Il décide alors de prendre les choses en mains et d’abattre Joe. Il est soulagé, il pense se sentir mieux, il pense que justice est faite et que tout va rentrer dans l’ordre mais ce qu’il ne sait pas c’est qu’il ne pourra pas revenir en arrière. Billy, le chef du gang et aussi le grand frère de Joe décide de se venger à son tour et c’est le début d’une lutte acharnée entre deux hommes qui veulent venger un être cher. 


« The brave one » est un film très touchant, et malgré tous les meurtres et toute la haine du film il y a un dénouement très positif ! Madame souffre, pleure et veut tuer tout ce qui bouge. Quant à nous, nous sommes un peu triste, nous avons un peu peur mais nous voulons absolument qu’elle tue tout ce qui bouge. Il n’y a rien de sadique dans ce film, (« Qu’on ne censure pas mon article ! »), mais disons que Jodie Foster nous émeut, elle dégage un réel sentiment de frustration et finalement, le film étant totalement manichéen, on devient frustrés à notre tour et tuer des méchants devient tout à fait naturel. Par contre, dans « Death sentence », bien qu’on ressente exactement la même haine et la même crispation (et quand je dis « on » je veux bien entendu dire « moi » mais parler à la troisième personne redevient à la mode alors…) comme rien ne se passe positivement et que la vie de ce pauvre Nick en devient une blague tellement il est malchanceux, c’est lui que l’on commence à détester parce qu’il ne prend pas les bonnes décisions. Les deux ont eut le cœur brisé alors qu’ils ne le méritaient pas et les deux ont décidé d’agir au lieu de rester sagement à attendre que la police fasse… RIEN. Mais là où Erika réussit divinement bien, Nick ruine sa vie encore plus et James Wan parvient à nous communiquer sa morale : « on sait que c’est tentant mais à quoi bon ? ». « The Brave one » nous montre la lutte d’une femme pour retrouver la paix et faire la justice autour d’elle. Elle protège sa ville, elle se défoule sur des gens qui ne méritent que ça, elle se métamorphose et toute la peur, la profonde tristesse et le sentiment d’injustice qui la rongeait jusque là disparaît. Dans « Death sentence » on assiste certes à la métamorphose de Nick mais rien de positif : il se retrouve plongé en plein cœur de la criminalité, la violence et la haine, il perd espoir, il ne ressent plus rien et il va même jusqu’à se raser la tête ! (« Je viens de révéler le seul élément comique du film, pardonnez moi ! »). Disons tout simplement que ce sont deux films tout à fait regardables mais que cinématographiquement parlant ce n’est pas du grand art. Ce qui est grandiose c’est la morale, les métamorphoses et surtout tous les sentiments troublants si bien incarnés par Jodie Foster et Kevin Bacon. Si comme moi la question de la vengeance vous fascine, allez voir ces deux films !
Sarah Rashidian

CLINT EASTWOOD : LE GENIE !

19 oct

Je commencerai mon article sur une note objective : Clint Eastwood est un génie ! Acteur successivement de western, de films de conspiration et de policiers il s’est ensuite tourné vers la réalisation. Ses films sont le plus souvent des drames où il tient le rôle principal lorsqu’il y joue lui-même. Ils se valent tous mais ne se ressemblent pas car Clint Eastwood n’est pas comme ces réalisateurs qui n’ont qu’un thème en tête et qui ne savent rien faire d’autre (J’ai beau être une grande fan de Guy Ritchie, il faudrait tout de même qu’il songe à innover). Il passe avec facilité d’un thème à l’autre, et sait explorer tous les domaines, du film d’amour au film de guerre en passant par les westerns et les policiers : Clint Eastwood est un caméléon du cinéma et fait des merveilles. Il a des idées stupéfiantes et il sait émouvoir, énerver, amuser, ce qui donne un résultat à chaque fois remarquable. Je déteste les westerns et pourtant, j’ai tenu le coup devant « Unforgiven » (« impitoyable ») – que dis-je ? J’ai aimé ! Je supporte mal les films de guerre et j’ai regardé avec émerveillement « Flags of our fathers » (« Mémoires de nos pères ») et « Letters from Iwo Jima » («  les lettres d’Iwo Jima »). De Clint Eastwood, je n’ai vu que des chefs d’œuvres et je profite de la sortie de « Gran torino » pour présenter plusieurs de ses derniers films et les présenter aux Clint Eastwood’s virgins.

« Million Dollar Baby » (2004)

Frankie Dunn (Clint Eastwood) est un entraîneur de boxe, froid et sans attaches, rejeté par sa fille. Sa vie change le jour où Maggie Fitzgerald (Hilary Swank), 31 ans, lui demande de devenir son coach. Après plusieurs refus,  il accepte enfin et une grande amitié naît entre eux. Maggie va pouvoir réaliser son rêve et Frankie, lui donner tout ce qu’il n’a pas su donner à sa fille.

« Gran Torino » (2008)

Walt Kowalski (Clint Eastwood), vétéran de la guerre de Corée, vient tout juste de perdre sa femme. Il est seul, aigri, antipathique, raciste… et vit dans un quartier peuplé d’immigrants asiatiques où il ne tolère pas ses voisins. Il est témoin des violences entre gangs hmongs, latinos et afro-américains environnants, qui ne font qu’aggraver sa haine et son mépris. Il va cependant faire connaissance avec un timide adolescent hmong qui vit à côté de chez lui, et une amitié inattendue va naître entre les deux individus.

« Mystic River » (2003)

Enfants, Jimmy Markum (Sean Penn), Dave Boyle (Tim Robbins) et Sean Devine (Kevin Bacon) étaient inséparables. Un jour, Dave se fait enlever sous les yeux de ses deux amis et, bien qu’il réussisse à s’enfuir au bout de quatre jours, à son retour, rien n’est comme avant : c’est la fin de leur amitié et le début de trois vies très différentes. Le jour où Katie, la fille de Jimmy est retrouvée assassinée, les trois amis se rapprochent à nouveau. Sean, policier, est en charge de l’enquête ; Jimmy, dépité, désire se venger ; et Dave est parmi les derniers à avoir vu la jeune fille…

« Changeling » (« L’échange ») (2008)

Au retour de son travail, Christin Collins (Angelina Jolie) se rend compte que son fils a disparu. Brusquement, sa vie devient un véritable enfer. Quand, peu après, la police lui annonce que son fils a été retrouvé, elle est aux anges… et bien loin de s’imaginer que l’enfant n’est pas le sien et qu’en le déclarant elle va s’attirer beaucoup d’ennuis.

« Flags of our fathers » (« Mémoires de nos pères ») (2006)

Au cinquième jour de la bataille d’Iwo Jima, le drapeau américain est hissé au sommet du Mont Suribachi. L’événement est immortalisé par une photo qui devient  un symbole d’espoir. Trois hommes présents sur la photo sont rapatriés pour devenir des célébrités et vendre des bons pour financer l’effort militaire. Ils parcourent le pays et sont accueillis en héros, mais cet accueil leur pèse car ils ont abandonné une guerre où leurs amis se battent encore.

« Letters from Iwo Jima » (« Les lettres d’Iwo Jima ») (2006)

Plusieurs années après la bataille sanglante d’Iwo Jima (1945), des lettres qui étaient enterrées dans le champ de bataille sont retrouvées. Ces lettres permettent d’imaginer la vie dans les tranchées et de prendre connaissance des sentiments des soldats américains et japonais.
 
 Pour vous présenter ces 6 films, je vous propose trois critiques, chacune rassemblant deux films qui ont beaucoup en communs. N’attendons pas plus longtemps, voici le génie, Clint Eastwood :

“MILLION DOLLAR BABY” (2004) & GRAN TORINO” (2008) : On s’attache et on s’empoisonne.

      « Million Dollar Baby » et « Gran Torino » sont deux films où l’ont bénéficie de la présence du grand Clint Eastwood. Il y interprète plus ou moins le même personnage : un être solitaire, malheureux, aigri, cynique, plein de regrets, au passé sombre, avec un sérieux manque affectif. Détestable à première vue, il cache bien son jeu, et à l’instar des personnages avec qui il se lie d’amitié dans le film, nous apprenons, nous aussi, à le connaître et à l’aimer et on est le plus souvent très ému. Ces deux histoires se ressemblent beaucoup. Un homme qui n’a personne, ne fait confiance à personne et est renfermé sur lui-même apprend à aimer. Dans les deux cas, il a d’énormes problèmes relationnels avec sa famille, et surtout avec ses propres enfants. Quand il rencontre Maggie (« Million Dollar Baby »), il lui donne tout ce qu’il n’a pas pu donner à sa fille, avec qui il n’a jamais été proche. Quand il rencontre Thao (« Gran Torino »), il le prend en charge comme son propre fils, veut l’éduquer et lui apprendre la vie afin qu’il devienne quelqu’un de bien. Il ne supporte plus ses fils à lui et encore moins ses petits enfants, qu’il trouve mal élevés (et qui le sont !).
      « Million Dollar Baby » est un film très émouvant. Lorsqu’il rencontre Maggie Fitzgerald, Frankie Dunn ne trouve pas seulement une compagnie agréable : ensemble, ils s’entraident et comblent le vide qui dominait leur vie. Maggie non plus n’a jamais été proche de sa famille ; sa mère et ses sœurs n’approuvent pas du tout la passion pour la boxe de ce « vilain petit canard » de la famille. Frankie l’aide à réaliser son rêve : monter sur le ring. Elle, à son tour, lui apporte un repère ; elle est jeune et pleine d’espoir, à peu près tout le contraire de Frankie, qui va être revigoré. C’est magnifique de voir s’attacher l’un à l’autre deux personnes qui n’avaient rien, de les voir retrouver espoir et prendre un nouveau départ ensemble.
     

 « Gran torino » est une merveille ! Malgré la personnalité détestable de Walt Kowalski, – il est raciste, égoïste, railleur, – ses voisins apprennent à l’aimer. Il va découvrir une autre culture et se sentir plus proche de ces Coréens, qu’il méprisait tant, que de sa propre famille. On assiste à une acculturation réciproque très intéressante. On pourrait même dire que Clint Eastwood fait l’éloge de la culture coréenne, chaleureuse, conviviale (à l’exception de la Grand-mère!) en dépréciant, par moments, la culture de son propre pays. Après le décès de sa femme, Walt qui n’a plus personne à aimer, va tout donner à Thao, ce jeune garçon timide, afin qu’il ne finisse pas comme les autres garçons de son quartier. Ce sera sa rédemption, le moyen de se pardonner à lui-même les horreurs qu’il a commises durant la guerre de Corée. Très émouvant, le film est aussi très drôle. Quiproquos, comique de situation, tout y est, et le personnage de Walt est hilarant de sarcasme et de cynisme. Et les injures fusent dans la bouche de notre cher Clint Eastwood ! On s’attache vraiment à ce personnage pourtant intolérant, plein de préjugés, grincheux, toujours de mauvaise humeur. Et attention, préparez- vous, car en plus de tout cela : IL GROGNE !
      L’homme que l’on retrouve dans « Million Dollar Baby » et dans « Gran torino » semble cependant être destiné à souffrir. Son attachement à l’autre mène systématiquement à un drame. Sa force réside dans sa capacité à contenir ses sentiments et on comprend pourquoi à la fin du film. Au départ, on a plaisir à le voir s’ouvrir peu à peu : il est plus heureux, tout va bien. Et c’est quand on le voit sourire pour la première fois qu’on comprend que sa vie commence à s’améliorer. Mais il ne fait pas les choses à moitié : il ne s’ouvre pas simplement à l’autre, il se dédie à cette personne et lui donne absolument tout. On comprend mieux alors pourquoi il éprouvait le besoin de se protéger, de ne faire attention qu’à lui, de ne pas s’exposer aux autres. Cet homme, au passé sombre et au regard mystérieux, pense pouvoir adoucir sa peine, mais son bonheur est vite écourté…

« MYSTIC RIVER » & « CHANGELING » :

      Deux histoires prenantes et pleines de suspense avec plusieurs éléments similaires : meurtres, enlèvements, enquêtes, perte d’un enfant. Clint Eastwood excelle dans le genre policier, sait nous faire languir et parvient à conserver le mystère jusqu’à la dernière minute. Il faut dire qu’il choisit aussi très bien ses acteurs. Le jeu de Sean penn, interprète de Jimmy dans Mystic River, est absolument remarquable. Il est viril, costaud, énervé, effrayant et, bien sûr, il souffre. Il à l’air impitoyable, déterminé à se venger et sans pitié. Tim Robbins est tout aussi admirable dans le rôle de Dave, homme traumatisé par son enlèvement, perdu, effrayé, énervé et meurtrit. En ce qui concerne « Changeling », inutile de vous dire qu’Angelina Jolie est à la fois un bonheur pour les yeux et une excellente actrice. Elle embrasse son rôle parfaitement et ne manque pas de nous émouvoir.
      « Mystic River » est l’interprétation d’un roman homonyme de Dennis Lehane. La douleur due à la perte d’un être cher, les conséquences d’un traumatisme de jeunesse : ces deux éléments sont les enjeux principaux du film. Plusieurs suspects potentiels sont évoqués au long du film et le suspense est lourd. On est désolé pour Jimmy et sa perte ainsi que pour Dave qui est soupçonné. On sait, d’ailleurs, très bien que l’on aura la réponse à nos questions à la toute fin du film ce qui nous met légèrement sur les nerfs. Ce qui vient crisper le tout c’est la relation entre Jimmy, Sean et Dave. Relation qui ne tient plus debout à cause des regrets, de la culpabilité et de la souffrance causée par l’enlèvement de Dave. Et là, les trois « amis » doivent se serrer les coudes et coopérer. On assiste aux difficultés d’objectivité de Sean qui doit interroger Dave, un des coupables potentiels. Depuis l’incident de Dave, bien que les trois enfants ont cessé de se côtoyer, Sean et Jimmy se sont toujours senti coupables de l’avoir laissé monter dans la voiture, de ne pas avoir été à sa place. Ainsi, lui infliger un interrogatoire est plutôt douloureux pour Sean qui ne veut simplement pas imaginer que Dave ait pu être l’assassin de Katie. Une histoire très captivante et bien faite, pleine de retours en arrière : un procédé qui accentue le suspense. Un de ces films où, cinq minutes avant la fin, on commence à rassembler toutes le pièces du puzzle et à comprendre l’intérêt de chacune des scènes du film.
      « Changeling » est inspiré d’une histoire vraie ce qui rend le film encore plus réussi et passionnant. Il y a deux histoires, deux enjeux qui se mélangent dans le film. D’un côté, Christine Collins et sa bataille contre les autorités et pour la liberté. De l’autre, l’intrigue et le mystère autour de la disparition de son fils. Où est-il ? L’a-t-on kidnappé ? Si oui, qui a fait cela ? Et pourquoi ? Angelina jolie est envoûtante (pas très étonnant je sais). Elle s’est inspirée de sa mère pour jouer le rôle de cette douce femme, généreuse et pure qui ne s’énerve jamais. C’est un des points très marquant du film : dans une situation comme la sienne, où son fils a disparu, les autorités sont persuadées de l’avoir retrouvé alors que ce n’est pas le cas et ils préfèrent croire l’enfant plutôt que Christine qu’ils pensent troublée ; elle maintient son calme et est incapable d’hausser la voix contre ces « ordures » qui lui gâchent la vie. Les injures et la rage sont des choses avec lesquelles elle va se familiariser durant son périple ! Christine Collins est effondrée, les malheurs s’additionnent, la malchance ne la lâche plus et sa vie devient un quiproquo total. Elle a affaire à des gens bornés qui n’ont que faire de son enfant et qui ne pensent qu’à leurs propres intérêts. Elle doit faire attention à tout ce qu’elle dit, car dans son état, tout peut être mal interprété. Un film tout simplement excellent et une actrice fabuleuse. A voir absolument : c’est une histoire vraie, c’est du Clint et c’est Jolie…
      Clint Eastwood nous bluffe avec ces deux policiers qui sont à couper le souffle. Des histoires tristes, touchantes et alarmantes qui vous mettront dans tous vos états.

 “FLAGS OF OUR FATHERS” & “LETTERS FROM IWO JIMA” :

       Idée très originale qu’a eu le célèbre réalisateur américain : montrer une guerre, un conflit, du point de vue des deux pays belligérants : l’Amérique et le Japon. En général, on entend que très rarement les points de vues de deux rivaux au sujet du même conflit. Et lorsque l’on en a l’occasion, il est intéressant de voir à quel point les opinions divergent. La beauté de ces deux films réside dans cette volonté d’objectivité mais aussi dans le fait que le réalisateur ne se contente pas de faire deux films de guerre, il humanise la chose en y glissant des histoires singulières et touchantes. « Letters from Iwo Jima » en devient alors un film sur l’amour et sur les effets de la guerre sur celui-ci. « Flags of our fathers » est plutôt un film sur la guerre vue de l’extérieur et sur le sentiment des soldats à leur retour dans la société.
       « Flags of our fathers » nous expose une histoire très singulière. Des soldats sont rapatriés pour devenir des stars, ils sont des symboles, les représentants d’une guerre que personne ne connaît ni ne comprend. On pourrait croire qu’échapper au combat serait une libération mais leur retour à la « normale » est loin d’être de tout repos. On ressent la culpabilité et la solidarité qui lient ces soldats. Le mépris qu’ils ont pour les gens qui n’ont pas connu leur malheur. Ils sont entourés d’une multitude de personnes et se sentent pourtant seuls au monde. Le réalisateur nous présente ici une Amérique sure d’elle, qui a de l’espoir et les moyens de gagner la guerre. Un pays dominant, puissant, qui transforme une guerre sanglante et terrible en un événement médiatique qui masque les véritables enjeux de ce combat, enjeux qui resteront un mystère pour tous ceux qui n’ont pas participé à la bataille d’ Iwo Jima.
       Clint Eastwood n’avait pas l’intention de réaliser deux longs métrages sur la même bataille de deux points de vues différents. L’idée lui est venue pendant le tournage de « Flags of our fathers ». Sceptique et désireux de connaître le pourquoi du comment, il a décidé de montrer la bataille du point de vue « ennemi » pour mieux comprendre et sans prendre partie. D’ailleurs, les deux films sont entièrement différents. Parallèlement à la fierté américaine et la toute puissance, dans « Letters from Iwo Jima », on assiste à une armée japonaise sans espoir, exposant tous leurs derniers sentiments dans des lettres pleines d’amour pour des gens qu’ils savent qu’ils ne reverront jamais. On voit donc deux interprétations de la bataille, un espoir grandissant en Amérique engendré par une simple photo et un désespoir collectif au sein des troupes japonaises qui résistent sans trop y croire et qui ne veulent pas partir sans avoir dit au revoir. « Letters from Iwo Jima » a le mérite d’être un film réalisé par un américain mais dans lequel la langue japonaise domine largement. Clint Eastwood fut félicité au japon pour avoir su exposer la sensibilité japonaise à merveille.  
       Deux films tout à fait exceptionnels, le premier présente des enjeux plutôt politique, le second est focalisé sur le côté personnel et sentimental. Un projet louable qui veut dénoncer les horreurs de la guerre, l’ignorance des dirigeants politiques, relativiser la notion d’ « ennemi » et faire l’éloge des soldats courageux qui sacrifient leur vie pour leur pays. Pas beaucoup d’action et lents par moment, ces films sont beaucoup plus que de simples films de guerre. Ce sont aussi des films sur les relations et sentiments humains, des films émouvants et très intéressants, à voir absolument.

Sarah Rashidian

Le nazisme au cinéma

19 oct

      Nous avons eu la chance de ne pas être témoins de cette période de terreur, ce moment où le monde a fait un grand pas en arrière, où les hommes ont perdu leur humanité et ont agi comme des animaux assoiffés de haine et de sang. Une période où le racisme était à son comble, et où le monde était régi par des actions humaines dénuées de raison. Bref, une période sombre, terrible, traumatisante, où un homme monstrueux, stupide et intolérant a exterminé une partie de la population sans raison valable. Heureusement, et c’est certainement le seul point positif,  il en ressort des chefs d’œuvres cinématographiques…

      Il y a quelque temps, j’ai eu une période assez sombre, où, allez savoir ce qui m’a pris, je me suis plongée dans des films traitant du nazisme. Non pas que j’ai eu une soudaine envie de me démoraliser mais j’aime énormément procéder par thème et après avoir vu « Walkyrie » en avant première je n’ai simplement pas pu m’arrêter là et j’ai regardé assez de films pour pouvoir écrire un article PASSIONNANT à ce sujet. Sujet qui, démoralisant ou pas, est absolument fascinant. Parmi les nombreux films que j’ai eu la chance de voir, il y en a trois que j’ai sélectionnés : « Walkyrie », « The reader » et « The boy in the striped pyjamas ». Les trois traitent du nazisme et chacun de façon très différente.

« Walkyrie », de Bryan Singer
Sortie le 28 janvier 2009

Tiré de faits réels, « Walkyrie » raconte l’histoire d’une des tentatives d’assassinat d’Hitler par un groupe d’hommes allemands proches du Führer. Ils vont travailler ensemble et mettre au point l’opération « Walkyrie » qui fut créée afin d’éliminer Hitler. Le colonel Stauffenberg (Tom Cruise) aura un rôle très important dans cette conspiration, c’est lui qui devra tuer Hitler pour préserver l’honneur de l’Allemagne et la libérer de ce chaos.

« The Reader » (« Le liseur »), de Stephen Daldry
Sortie le 15 Juillet 2009

Adapté du best-seller de Bernhard Schlink paru en 1995, ce film raconte l’histoire d’un jeune garçon, Michael (David Kross – Ralph Fiennes), qui rencontre Hanna Schmitz (Kate Winslet) une femme mystérieuse, énigmatique et beaucoup plus âgée que lui avec qui il vit une histoire d’amour passionnelle. Quand elle se fait promouvoir et disparaît, Michael souffre d’avoir perdu son grand amour. Ce qu’il ne sait pas c’est que, quelques années plus tard, bien après la seconde guerre mondiale, alors qu’il est étudiant en droit, il va la revoir dans un tribunal où il apprendra qu’elle a été impliquée dans les crimes nazis.

« The boy in the striped pyjamas », de Mark Herman
Date de Sortie inconnue

Adapté d’un roman de John Boyle, ce film raconte l’histoire d’une famille allemande qui déménage à Auschwitz pendant la seconde guerre mondiale, le père étant le commandant du camp de concentration. Son fils de 8 ans, Bruno (Asa Butterfield) ignore tout de la situation de son pays et va la découvrir petit à petit à travers l’expérience d’un petit garçon juif, Shmuel qu’il rencontre derrière les barbelés et avec qui il se lie d’amitié.

      Les enjeux de ces trois films sont très différents. « Walkyrie », met l’accent sur le personnage d’ Hitler, la peur qu’il engendrait autour de lui et les différentes réactions des gens qui lui étaient proches. « The Reader » est avant tout une histoire d’amour entre deux personnes très différentes. Ici Michael découvre le passé de Hanna, passé terrible qu’il n’avait pas soupçonné et malgré tout, il l’aime. « The boy in the striped pyjamas » regroupe un peu toutes ces différentes émotions. On est témoin de la terreur des camps, on assiste à une amitié naissante entre deux petits garçons séparés par des barbelés à cause d’une différence qui ne les atteint pas, et on voit la cruauté des nazis à travers les yeux innocents de Bruno qui essaie de ne pas détester son père. Ces trois films regroupent les différents enjeux du nazisme à l’époque : l’incompréhension, la peur, la solidarité, le regret, le dégoût.

      « Walkrie » est un film très réussi. On suit la tentative d’assassinat d’Hitler par l’officier de la Wehrmacht Stauffenberg. Il faisait partie des figures importantes de la résistance militaire contre le national-socialisme. Il ne fut pas d’emblée réticent au nazisme mais fut poussé à résister suite aux tournures criminelles que prenait le régime. Tom Cruise représente bien le mépris de l’officier à l’égard du régime d’Hitler et Singer arrive à nous faire espérer jusqu’à la dernière seconde. On sait que cette tentative d’assassinat a échoué et pourtant on y croit car dupés par la détermination de Tom Cruise/ Stauffenberg. On nous présente un Hitler absolument terrifiant et redoutable, craint même par ceux qui adhèrent à ses idées. Ceux qui ont tenté de l’éliminer, au risque de ne pas y arriver et d’être démasqués, étaient morts de peur et c’est un sentiment qui nous est très bien communiqué. Tout le monde se méfie de tout le monde et la confiance a disparu. Il y a beaucoup de suspense, des scènes très intenses et certaines sont intelligemment comiques. Le film traite d’un sujet que l’on connaît tous plus ou moins, que l’on a étudié et que l’on a imaginé des milliers de fois mais voir ce à quoi cela pouvait ressembler rend l’action encore plus troublante et angoissante. Le seul problème c’est que l’on connaît la fin, le suspense n’existe finalement qu’à moitié : peu importe si la bombe est placée juste à côté d’Hitler et que l’on sait qu’elle va exploser d’un moment à l’autre, on sait qu’il ne mourra pas. Cet élément gâche un peu le film mais c’est inévitable. Si l’on passe outre, on assiste à la projection d’un film très bien fait, avec des acteurs tout à fait crédibles et une intrigue qui tient la route. Ce n’est pas le plus grand film qui ait été fait sur cette période mais c’est, tout de même, un film à voir.

      « The reader » est un film absolument magnifique et la performance de Kate Winslet y est pour beaucoup. Le film est divisé en trois parties. La première : l’histoire d’amour passionnelle entre un jeune garçon et une femme énigmatique. La deuxième : le procès et la réaction de Michael. La troisième : la relation entre Hanna et Michael une fois adulte. (Oui, le film est assez long !). Dans la première partie, Michael apprend l’amour et il se donne entièrement à cette femme mystérieuse qu’il aime et à qui il s’est attaché. On voit qu’elle a un passé singulier et qu’elle a vu des choses horribles mais, quand elle est avec lui, il semble qu’elle parvient à oublier. Dans la deuxième partie, Michael est bouleversé, il ne comprend plus rien, il aime cette femme qui a fait d’horribles choses et il veut l’aider, il voudrait qu’on la laisse tranquille.  Mais il est étudiant en droit et tout simplement sensible : il ne peut donc ignorer ce qu’elle a fait. Il est très troublant de voir sa réaction, ses sentiments, sa peine à imaginer le passé de cette femme qu’il a tant aimée. Et on voit une Hanna tout à fait différente. Elle était plutôt autoritaire avec Michael quand ils étaient ensemble, ce que l’on comprend désormais, mais là, elle se retrouve seule et soumise à la loi qui vient la punir après tant d’années. On voit une femme blessée, meurtrie, dans l’incompréhension totale, qui a fait d’horribles choses mais qui, elle-même, n’a pas l’air d’être quelqu’un d’horrible. Dans la troisième partie, Michael a l’air de vouloir tout oublier, il se dévoue à cette femme qu’il aime. Ce qui est très frustrant dans ce film ce sont  les témoignages de Hanna Schmitz. Il est réellement très intéressant d’entendre la défense de quelqu’un ayant commis des crimes nazis. Mais ici, Hanna est tellement troublée qu’elle ne parvient pas à donner ses raisons, faire ses excuses, expliquer ses sentiments. On a du mal à la détester, elle à l’air innocente et, pas une fois, elle ne déclare clairement ce qu’elle a fait et ce qu’elle a subi. Elle a honte, elle a peur, elle sait qu’elle mérite d’être jugée. C’est  un film passionnant, puissant à voir A-B-S-O-L-U-M-E-N-T. 

      « The Boy in the Striped Pyjamas » est un film un peu plus léger avec des enjeux, toutefois, d’une importance capitale. Tout y est : la propagande nazie, la déception, la peur, l’injustice, la cruauté. Les enfants sont fascinants, les deux sont dans l’incompréhension la plus totale, ils veulent simplement jouer ensemble et ne savent pas qu’il y a bien plus que des barbelés qui les séparent. Il n’y a pas que les enfants qui sont perplexes, la mère, comme beaucoup d’autres gens à cette époque, ignore totalement la réelle fonction d’un camp de concentration, tout cela  à cause de la propagande nazie et des mensonges de son mari. Ce déménagement est un tournant dans la vie de chacun. Le père essaie de faire son travail discrètement pour ne pas perturber ses enfants. Sa fille, sans réellement comprendre quoi que ce soit, devient très partisane du nazisme, pour cause, les deux enfants reçoivent des cours particuliers qui ne sont que propagande et histoire subjective. Bien que Bruno soit plus jeune que sa sœur, il préfère ne pas croire tout ce que l’instructeur lui dit. La mère découvre les horreurs auxquelles participe son mari et tombe dans la détresse et la perplexité la plus complète. Quant à Bruno, il est encore trop jeune pour réellement comprendre ce qui se passe autour de lui. Jusqu’à la dernière minute, il ne soupçonne rien, il souhaite simplement être ami avec Shmuel et être fier de son père, chose qu’il a réellement du mal à faire. On voit une famille qui se dégrade et des désaccords qui font beaucoup de dégâts. L’horreur des camps de concentration est présentée très simplement, par un garçon qui dit les choses comme il les ressent. C’est un  film à couper le souffle, triste et énervant, à voir absolument.

Voici donc trois films pas très joyeux, pas très marrants non plus mais qui ont le mérite de raconter quelque chose de vrai et d’important et de dénoncer la cruauté bestiale qui a envahi une partie de l’Allemagne entre 1939 et 1945.

 Sarah Rashidian

 

Regarder un film pour déprimer ?

19 oct

« My life without me » (“Ma vie sans moi”) de Isabelle Coixet (2003) :

Anne (Sarah Polley), 23 ans, apprend soudainement qu’il lui reste peu de temps à vivre. Elle a deux petites filles, un mari sans emploi et un travail sans intérêt, bref pas vraiment la vie idéale qu’elle espérait. Ne révélant sa tragique nouvelle à personne, elle se donne des objectifs à atteindre avant le jour de son départ…

«The secret life of words » de Isabelle Coixet (2005) :

Une femme (Sarah Polley) décide de s’installer temporairement sur une plateforme pétrolière où elle décide de s’occuper d’un homme qui, suite à un accident, a temporairement perdu la vue. Elle est solitaire, mystérieuse, elle a un passé éprouvant derrière elle qu’elle essaye à tout prix d’oublier. Les deux individus se découvrent progressivement et une forte et singulière intimité se crée entre eux.

«Away from her » (“Loin d’elle”) de Sarah Polley (2006) :

Marié depuis 45 ans, Fiona et Grant sont les figures un amour exemplaire et ont une vie paisible où ils partagent tout. Il semblerait que rien ne puisse briser leur amour et leur relation fusionnelle. Un jour, Fiona apprend qu’elle souffre de la maladie d’Alzheimer et là, tout va basculer. Elle prend la décision d’aller dans une institution spécialisée et donc, de vivre pour la première fois depuis 45 ans, loin de son mari. Comment Grant va-t-il réussir à supporter la distance qui le sépare de sa bien aimé et à surmonter le fait que Fiona est en train d’oublier son amour pour lui …

      Les trois films que je vous présente sont terriblement déprimants. (« Supeer ! » N’est ce pas ? ). Encore moins glamour que les films qui traitent de la vengeance (mon thème de prédilection), ceux-là traitent d’injustices, des malheurs qui peuvent nous tomber dessus à n’importe quel moment. Ils mettent en scène des gens simples, bons, qui ont une vie tranquille, sans ornements, des gens qui sont bien loin de mériter leur malheur. Les malheurs en question sont toujours, plus ou moins liés à des problèmes de santé et bien que cela puisse paraître d’un banal ahurissant, c’est justement la force de ces histoires. Elles sont tragiques mais simples et réalistes donc encore plus dure à digérer.
      Il semblerait qu’Isabelle Coixet, réalisatrice de « My life without me » et « The secret life of words » aime les histoires tragiques, celles qui font pleurer, celles qui vous mettent hors de vous, celles qui vous donnent envie de profiter de la vie un maximum. Ses deux films que je vous présente ici sont magnifiques et profondément touchants mais tout à fait déprimants. Ainsi il faut avoir du cran pour oser les voir : choisir un jour très particulier, où vous êtes déjà un peu philosophique et déprimé et où vous remettez plus ou moins tout en question. Sarah Polley est l’actrice principale de ces deux films. Parfaite pour jouer les femmes blessées et malchanceuse ? Peut être ! En tout cas mon homonyme est très émouvant et vous communique des émotions envoûtantes et très déstabilisantes. En plus d’être parfaite pour jouer dans des films tristes elle sait en réaliser ! En effet, il semblerait qu’elle-même se rapproche d’Isabelle Coixet au niveau de la réalisation et on le voit dans son dernier film « Away from her », où elle met en scène l’histoire d’une femme âgées, touchée par la maladie d’Alzheimer, qui oublie l’amour qu’elle avait pour son mari, celui qu’elle a pourtant aimé toute sa vie.

« The secret life of words » vous invite dans un contexte profondément troublant. Nous sommes sur une plateforme pétrolière, un lieu entouré d’une mer qui nous emprisonne mais nous donne également l’espoir d’un nouvel horizon. Un lieu d’emblée plutôt déprimant sur lequel se trouve des gens perturbés. Chacun a ses problèmes, ses doutes, ses rêves. L’histoire se concentre sur deux personnes, X et X, X parait éteinte de l’intérieur, il semblerait qu’elle ne ressente plus rien, que la vie n’ait plus aucune signification pour elle. X est temporairement aveugle et pourtant il est le seul à pouvoir réellement voir qui elle est. Il apprend à la comprendre et à l’aimer.

      « My life without me » met en scène une femme frappée par un destin tragique qui parvient à maintenir son sang-froid et à prendre en charge sa vie. Même en sachant qu’elle devrait profiter de la vie un maximum elle ne s’attarde pas uniquement sur ses désirs et ses objectifs, elle va prendre des résolutions qui vont affecter les vies de son entourage. Elle veut s’assurer que ses proches pourront se remettre de sa mort, pourront faire son deuil sereinement. Anne est une femme généreuse, elle ne se plaint pas, elle ne se morfond pas et elle gère la situation avec brio.

      « Away from her » se décompose en deux parties. Dans un premier temps, on a une histoire d’amour magnifique, à allure d’éternité, un homme et une femme plus ou moins isolés qui n’ont besoin que d’eux même pour être comblés, il se connaissent par cœur et s’aiment à en mourir. Dans un second temps, cet amour que l’on pensait parfait, magique, digne d’un comte de fée se voit contrecarré par une faiblesse, une faiblesse commune, un incident fréquent : la mémoire flanche et l’amour s’envole. Ainsi, il est d’autant plus difficile de comprendre et accepter ce renversement quand on a été témoin de leur affection réciproque. Mémoire éphémère, cœurs brisés, vies changées à jamais…

 
 Trois films remarquables, à voir avec un paquet de kleenex à côté de vous …

Sarah Rashidian

SIN NOMBRE con UNA VIDA LOCA * (Sans nom avec une vie de dingue)

15 oct

« Sin nombre » de Cary Fukunaga (Sortie le 21 Octobre 2009)

 Sayra (Paulina Gaitan) vient de retrouver un père qu’elle n’avait pas vu depuis longtemps et qui décide de l’emmener, elle et son oncle, aux Etats-Unis, pour « dire adieu à la misère ». Casper (Edgar Flores), lui, fait partie de la  Mara, un des gangs qui sème la terreur en Amérique centrale. Il en vient à tuer le chef du gang (pour des raisons que vous découvrirez vous-mêmes !), crime tout bonnement inacceptable pour ses nouveaux ex-confrères ; ces derniers veulent se venger, ce qui pousse Casper à fuir. Sayra et Casper se retrouvent dans le même train, en direction du rêve américain. Ainsi naît une amitié très particulière dans des conditions tout aussi particulières…

« La vida loca » de Christian Poveda (Sortie le 30 Septembre 2009)

 
Ce documentaire traite des Maras, ces mêmes gangs que l’on retrouve dans « Sin nombre ». Cette fois, cela se passe au Salvador et le réalisateur suit de près des membres de la « Mara 18 ». Ces derniers ont décidés d’arrêter leur activité et de travailler ensemble dans une boulangerie dans l’espoir de recommencer à zéro. Mais il n’est pas vraiment possible de sortir de la Mara et pas évident de devenir crédibles aux yeux des autorités…

 
      Il y a plusieurs enjeux dans « Sin nombre ». D’un côté, nous sommes face à un film qui parle de l’immigration et qui nous présente les conditions terribles dans lesquelles les gens prennent la route en direction des Etats-Unis. Nous sommes témoins de leur périple atroce et de leur volonté incroyable. C’est grâce à cet aspect que l’on peut dire que « Sin nombre » est l’histoire d’un road trip absolument chaotique !
      D’un autre côté, le film traite de la Mara et de son fonctionnement. On y voit des rites, on prend connaissance de leurs valeurs et c’est après avoir vu le documentaire et en y retrouvant beaucoup de détails préalablement vus dans le film que j’ai compris à quel point Cary Fukunaga était bien documenté et il me semble que c’est un point à ne pas négliger. Le film est très captivant et il n’y a pas de fausses notes.
 L’histoire est intéressante, les personnages sont singuliers et on est très vite touché par l’amitié naissante entre Sayra et Casper. Elle connaît ses crimes, il fait peur mais malgré tout cela, elle s’attache très vite à lui et se sent en sécurité quand ils sont ensembles car ils se comprennent. 
 Le style de l’auteur est assez particulier. Il introduit beaucoup d’humour dans le film à des moments où on ne s’y attend vraiment pas. Je me souviens de cette scène où ils croisent des enfants dans le train et sont très enthousiastes à l’idée de leur « faire coucou », alors que les enfants ont l’air plutôt enthousiastes à l’idée de leur répondre en leur lançant des pierres à la figure…
      Outre le sens de l’humour, le réalisateur a également un côté assez noir, puisqu’il fait disparaître les personnages de façon très brusque. Il insiste longuement sur le périple de ces gens désespérés : le trajet en train dure quasiment tout le long du film pour que l’on se rende bien compte que tout le monde ne peut pas aller en Amérique avec Air France en 12 heures ; et puis, en une demi seconde, il fait disparaître des personnages – et pas des personnages de moindre importance ! Pas de ralentis, pas de violons…

      Dans « La Vida loca », on nous montre la Mara 18 comme une grande famille avec plus de principes et de valeur que les citoyens lambda. On est conquis par leurs convictions, leur foi, même si tout ce mélange est grandement contradictoire. Il y a un grand nombre de scènes de conversions et de discours religieux qui nous amusent car l’on ne se souvient pas vraiment de la partie dans la bible ou Jésus propose aux chrétiens de se tatouer un grand 18 sur le visage et de tuer son prochain quand la tête de ce dernier ne leur revient pas…
      Le documentaire est si bien fait qu’on se croirait dans un film. Du rap sud américain accompagne les différentes scènes ; c’est très agréable et on se retrouve plongés dans la même ambiance que dans « Sin nombre ».  Cette ambiance rappelle un peu celle que l’on trouve dans « La Cité des Dieux » et « La Cité des hommes », deux films et une série absolument remarquables. Je ne peux pas ne pas dire deux mots sur la série !

« La cité des hommes », de Katia Lund et Fernando Meirelles

Pour tous ceux qui en ont assez de « Gossip Girl » et « Smallville » et qui aimeraient enfin voire une série où les acteurs n’ont pas 10 ans de plus que leur personnages, où les gens ne ressuscitent pas en permanence, où les ados de 16 ans n’ont pas tous un mort sur leur conscience et ne sont pas déjà ex-drogués ou ex-entrepreneurs, « La Cité des hommes » est fait(e) pour vous. Certes, c’est moins glamour – ce n’est même pas glamour du tout. On se retrouve confrontés à la dure réalité des favelas brésiliennes en suivant la vie très mouvementée de Laranjinha et Acérola, qui surmontent toutes les difficultés ensembles. Confrontés en permanence aux gangs qui vivent dans les favelas, ces deux amis ont sans cesse des aventures incroyables et doivent dès leur enfance apprendre à survivre et ne pas s’attirer d’ennuis. C’est une série passionnante, très originale, pleine d’humour et de rebondissements ! 

 

LA COMPASSION DES MECHANTS

      Un phénomène est présent dans beaucoup de films, il consiste à nous faire compatir avec des personnages tout à fait détestables. On se met par exemple à adorer Derek dans « American History X » de Tony Kaye, bien que personne n’oublie l’homme noir qu’il tue au début du film, le bruit de ses dents explosées et l’image de sa cervelle qui s’étale sur le trottoir. Bien sûr, le film retrace sa métamorphose, sa sortie du côté obscure, mais cela reste une belle manipulation du public !
      On peut parler aussi de « The reader », de Stephen Daldry. Ce film m’a beaucoup plus, mais il a recours à ce même processus. Il y a un article dans le sixième « Studio Ciné Live », où deux journalistes débattent sur ce film : l’un d’eux s’est senti manipulé et a senti un côté pervers à cela. Voici certaines de ses remarques :

[« - Mon premier étonnement a été de voir les gens pleurer sur le sort de l’héroïne qui a été garde dans un camp de concentration. A partir de son procès, Stephen Daldry, le réalisateur, abuse des gros plans sur son visage, des violons quand elle est en prison. Je trouve insupportable qu’un film fasse s’émouvoir les spectateurs sur un personnage aussi abject, qui représente le mal absolu (…) Pour moi c’est de la manipulation et c’est ce qu’il y a de pire au cinéma »


«  - Quelqu’un dans le public s’est étonné qu’il n’ait pas montré l’épisode des juifs brûlés dans l’église, qui est raconté pendant le procès des gardes. (…) En ne montrant pas l’horreur, elle est évacuée. En revanche, en nous montrant le visage de Kate Winslett en larmes, le réalisateur crée une empathie entre le spectateur et cette femme. »]

      Je suis d’accord avec ceux qui trouvent que c’est de la manipulation, mais je ne suis pas sûre que cela me dérange, c’est à débattre. Il est vrai qu’aussi bien dans le film que dans le documentaire, nous avons beaucoup de mal à détester ou à mépriser les membres du gang. Bien que nous soyons face à des gens qui veulent changer, il est vrai que le réalisateur a une façon très vicieuse de vous faire oublier leurs crimes. On ne relativise pas, on pardonne et on oublie. Dans « Sin nombre », on n’a de sympathie que pour Casper et on déteste les autres, car ils lui veulent du mal. Cela donne quelque chose comme :

«- Casper, voleur ? Tueurs ? Ce n’est qu’un détail, il est bien charmant le jeune homme! Elle est fort sympathique la petite goutte qu’il a au coin de l’œil, c’est un sentimental le petit. »

      Dans le documentaire, le réalisateur s’attarde sur chacun des membres de la Mara, il nous montre leurs côtés humains dans des contextes très personnels. Du coup, violeurs, tueurs, tortionnaires deviennent tous à nos yeux de « gentils gens un peu trop tatoués » !

« – Oh ! Regarde celui-là avec le visage recouvert d’un grand « 18 » c’est un mélancolique, c’est vrai que tout le monde veut se souvenir de ses 18 ans, ah la jeunesse ! »

      Christian Poveda, le réalisateur de « La Vida loca », s’est fait assassiner par la Mara 18 après avoir tourné le documentaire… « Gentils gens un peu trop tatoués » ?

Sarah Rashidian

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