« Chatroom » de Hideo Nakata Sortie le 11 Août 2010
Une « chatroom » c’est comme un groupe facebook, c’est un réseau en ligne qui rassemble un certain nombre de personne qui peuvent discuter ou, pour paraître encore plus « in », « chatter » ensemble dans la relative intimité qui leur est dédiée. Les personnages de notre film se sont tous rencontrés dans la chatroom « chelsea teens », ils ne se connaissent pas et ils vont créer des liens et se confier les uns aux autres. Certains en diront trop, d’autres pas assez et, petit à petit, le bouclier virtuel derrière lequel chacun se cachaient va disparaître… Même derrière notre ordinateur nous ne sommes pas en sécurité …
Le point très très fort :
Tous les personnages dans la chambre qui matérialise la chatroom
Lorsque les personnages sont derrière leur ordinateur, ils sont représentés dans une vraie chambre à l’écran. Le réseau Internet des chatroom est matérialisé par un immeuble et chaque chatroom par des chambres qui le composent. Cette matérialisation de l’interface Internet permet d’appuyer le fait que, même derrière son PC, dans l’intimité de sa chambre, alors que l’on croit que tous nos actes sont bénins et resteront anonymes, on est totalement à nu et l’on court tout autant de danger, voir plus.
Aaron Johnson dans le rôle de Jimmy
Le film est brillant, fort original, il fait vraiment plaisir à voir. C’est un film plein de surprises qui vous change de vos visionnages habituels. Les images sont belles, c’est extrêmement bien filmé, la musique est très prenante et les acteurs, peu connus mais très convaincants. Le personnage principal est joué par Aaron Johnson, également à la tête du film « Kick Ass » où il joue un wannabe super-héro plein de bonnes volontés. Ici, il est bluffant ! On le voit sous un tout autre jour, pour un héro il se prend certes, mais l’ambiance est nettement moins légère.
Je ne peux que conseiller ce film, je ne lui trouve pas de défauts majeurs et je peux quasiment assurer qu’il sera unanimement apprécié. Je me souviens que je me tournais vers mon voisins toutes les 10 minutes pour voir s’il avait lui aussi la bouche ouverte, comme moi. J’étais heureuse, j’étais pressée de sortir pour en parler à mon entourage qui l’avait décrit prématurément comme un « film d’horreur de teenagers ». « Chatroom » c’est un très bon film, intelligent et original, à voir au plus vite.
La mère de Carl l’envoie chez son parrain car il vient de se faire virer de son lycée et il doit cogiter sur son avenir. Ce qu’il faut savoir ,c’est que son parrain est le patron de Radio Rock, une radio pirate qui émet du rock 24h sur 24 depuis un bateau au beau milieu de la mer du Nord. Sur le bateau : 8 Dj, 8 personnalités incroyables, 8 personnages qui vont initier Carl à la décadence. Un bon endroit pour se ressaisir ? Certainement pas…
Le titre :
Le titre anglais est tout simplement génial : « Le bateau qui déchirait » / « Le bateau qui rockait » / « Le bateau qui basculait ». Une phrase, trois significations : trois facettes du bateau que l’on retrouve consécutivement dans le film. J’ai beau être tombée amoureuse du titre anglais, je ne déteste pas pour autant le titre français : « Good morning England ». C’est la phrase d’accroche de la radio et une référence à « Good morning Vietnam », film dans lequel Robin Williams est à la tête d’une émission de radio qu’il diffuse pendant la guerre du Vietnam pour distraire les militaires. Alors je dis « Bravo » pour les titres, avec une préférence pour l’anglais… as usual !
Contexte :
Nous sommes dans cette période coincée d’une Angleterre anti-rock qui a conduit au développement de radios pirates, qui en diffusaient 24h sur 24. Ce film nous présente un réel combat pour la liberté d’expression. Il est le résultat d’un mélange parfait d’amour, de musique, de liberté, de sexe, de drogue, de passion, de fierté, de détermination, d’amitié, de haine ; c’est la magie du rock’n’roll.
Les personnages :
Richard Curtis nous montre un groupe de Dj qui, tels les sept nains, ont tous une personnalité bien définie et qui accueillent Carl / Blanche neige dans leur environnement. Commence alors un voyage d’initiation à la perversion dans un milieu décalé ou l’ouverture d’esprit est exceptionnelle et où l’innocent Carl va goûter à la pomme défendue. Chacun de ces 8 Dj hors du commun a son surnom, sa personnalité; tous sont hilarants, et on s’attache énormément à eux, à leurs défauts, à leurs qualités, à leurs façons d’être délirantes. On aimerait faire partie de ce groupe d’exception, de cette ambiance de folie, de cet univers décalé. Ils vivent tous pour l’amour du Rock’n’roll, et veulent partager leur passion envers et contre tout.
Les acteurs sont sensationnels. Il y a quelques visages très connus comme Philip Seymour Hoffman, Emma Thompson, Keneth Branagh et Bill Nighy mais surtout de nouveaux visages que l’on n’a pas l’habitude de voir.
Il est Impossible de s’ennuyer devant cette merveille ! Le film vous met d’emblée de bonne humeur et la bande originale est géniale : de Hendrix à Duffy en passant par les « Who » et les « Kinks », la musique vous emporte. Ce film parfait et léger traite pourtant d’un sujet important : la liberté d’expression. Se confrontent en permanence deux mondes opposés : celui du rock’n’roll, de la décadence, de la joie de vivre, de la bonne humeur, du je m’en foutisme complet et celui de la haute société anglaise, coincée, qui ne s’amuse pas et prend plaisir à créer des limites pour les autres et à sanctionner un vice auquel elle ne saura jamais goûter.
Bref ce film sans défaut ni faiblesse est à voir absolument si vous voulez passer un vrai moment de bonheur !
"Tellement Proches" de Eric Toledano et Olivier Nakache.
Trois couples, trois histoires : Alain et Nathalie ont un fils, Lucien, une vraie pile électrique, il se donne en spectacle dès la première occasion ; Nathalie n’en peut plus, elle veut qu’Alain réagisse ; Alain se retrouve dans son fils qu’il n’ose pas corriger.
Jean-Pierre (le frère de Nathalie), et Catherine, sa femme, donnent l’impression d’avoir une vie parfaite. Ils élèvent leurs enfants comme des machines, envoient leur fille dans une école juive parce que « c’est plus réputé » (Jean-Pierre et Nathalie ne sont pas juifs du tout), veulent que leurs enfants soient polyglottes à 5 ans etc. Alain a du mal à les supporter.
Roxane (La sœur de Nathalie et Jean-Pierre) et Bruno viennent de se rencontrer dans le supermarché ou elle travaille. Il se fait embarqué dès le premier soir dans un dîner de famille mouvementé à Créteil, chez Jean-Pierre et Catherine parce que Roxane est névrosée, elle est pressée de fonder une famille et elle a bel et bien jeté son dévolu sur Bruno qui est plutôt effrayé.
A ce dîner, où ces trois couples sont réunis, va commencer une série d’aventures et de mésaventures très singulières et absolument hilarantes. Ces gens, tellement différents, tellement étranges et tellement paumés vont devenir en un dîner « tellement proches »…
Le cinéma français :
Il y a cette idée reçue sur le cinéma français, ça ne sonne pas très bien chez les citoyens lambda. Je sais par exemple que quand je dis à mes amis que je vais à des avants premières ils me disent avec un air effondré « Ah mais c’est que des films français ? ». Moi je leur dis ensuite que non, qu’il y a toutes les variétés de films et là, ils me disent souvent : « Tu m’emmèneras ? Mais pas pour les films français hein ? ». Je vous avouerai que j’avais moi aussi une image très négative des films français avant de découvrir de vrais petites merveilles. En effet, aujourd’hui, quand je pense à des films comme « Le Premier jour du reste de ma vie », « 99 francs », « Enfermés dehors », « Prête moi ta main », « Hors de prix », « Ensemble c’est tout », « Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain », « A la folie pas du tout » (Non je ne suis pas fanatique d’Audrey Tautou ! ) etc. je me dis que beaucoup des films qui m’ont marqués sont français, que c’est un style absolument remarquable. On ne peut pas dire que c’est toujours la même chose mais il s’agit souvent de mettre en scène des proches, leurs relations et les problèmes auxquels ils doivent faire face au quotidien. Rien de plus simple et moi j’adore ! Les relations de couple, de famille, les conflits, tout cela est simplement jouissif, de vrais moments de plaisir grâce à un travail très important sur les dialogues ! Des blagues majestueuses, des répliques très précieuses, des personnages très énigmatiques, bref, des films qui vous touchent et vous marquent par leur fraîcheur et leur charme.
Ce film-ci m’a fait passé un moment franchement inoubliable. J’étais confortablement assise sur mon siège à écouter les répliques hilarantes de chaque personnages, les quiproquos monstres, les situations déjantée, j’étais bien, le sourire au lèvre pendant 1h42, des gros fous rires toutes les cinq minutes, j’étais devant un excellent film, le genre de film qui fait que je suis amoureuse du cinéma. Les personnages sont très attachants et se mettent dans des situations toujours très originales et surprenantes. Les dialogues sont excellents, certaines situations sont délirantes.
Acteurs/ Personnages :
Affiche du film
Vincent Elbaz (Alain) : Il est excellent ! Il joue les grands enfants. Il aime follement son fils et n’arrive pas du tout à être autoritaire avec lui. Sarcastique et paumé, il est vraiment agréable à regarder.
Omar Sy (Bruno) : Tout simplement génial, c’est un acteur et un vrai ! Il joue un médecin noir que personne ne prend au sérieux et à la longue il a du mal à le digérer.
Isabelle Carré (Nathalie) : Mère du petit Lucien insupportable, elle est la seule personne responsable de la maison et a du mal à gérer les attitudes immatures de son mari. Isabelle Carré est très belle et très convaincante, parfaite en mère de famille débordée.
François-Xavier Demaison (Jean-Pierre) : Impeccable dans le rôle du beauf ! Un mari qui suit les folies de sa femme et se fait même manipuler dans son travail. Il ne dit rien, il subit.
Joséphine de Meaux (Roxane) : Hilarante, complètement névrosée, elle joue ce rôle à merveille. Elle a souvent l’occasion d’avoir des crises de nerfs dans ses films (Cf. « Nos jours heureux » et « Vilaine ») qui nous font bien rires !
Audrey Dana (Catherine) : Elle va se métamorphoser en femme juive très pratiquante au long du film pour duper les responsables de l’école juive dans laquelle elle a inscrit sa fille non juive ! Audrey Dana est absolument magnifique et joue excellemment les mères à moitié folles qui feraient n’importe quoi pour donner une image parfaite de sa famille. Elle joue le jeu jusqu’au bout, elle est complètement déjantée !
En deux mots :
Un film : TELLEMENT agréable à regarder,
TELLEMENT drôle,
TELLEMENT bien trouvé,
TELLEMENT parfait!
Samson (Rowan McNamara) et Delilah (Marissa Gibson) vivent dans un minuscule village aborigène excentré, en plein cœur du désert australien où les jours passent et se ressemble cruellement. Il y en a que ça ne dérange pas et qui se noient dans l’habitude du néant et dans la monotonie mais Samson, lui, se défonce à l’essence 24h sur 24 pour avoir l’impression d’être ailleurs. Curieux, il voudrait découvrir d’autres horizons, s’amuser, partir et conquérir Délilah qui parait pourtant très réticente. A la mort de sa grand-mère, Delilah est rejetée, accusée d’être coupable et elle décide de s’en aller. Ca tombe bien, ce même jour, Samson s’est disputé avec son frère et doit partir pour éviter que ça ne dégénère. Le rêve de Samson se réalise enfin : il part pour fuir l’enfer avec sa Delilah. Ce qu’il ne sait pas c’est que, l’enfer, il le retrouvera là ou il va…
Le titre / Le mythe
Affiche du film
La force de Samson est concentrée dans ses cheveux. Quand, dans le mythe, Delilah dévoile son secret et qu’on lui coupe les cheveux pour le vaincre, il devient, en effet, complètement impuissant. Ici, au sein de cette tribu, se couper les cheveux est signe de deuil, un sentiment de tristesse qui peut également aboutir à l’impuissance. Consécutivement, les deux amants se couperont les cheveux : Delilah, à la mort de sa grand-mère et Samson quand il pense avoir perdu Delilah. Les cheveux de Samson sont, d’ailleurs, quelque chose que l’on remarque dès le départ et une des choses qui a attiré le réalisateur lors du casting de Rowan McNamara.
L’histoire est très attrayante d’un point de vue philosophique, sociologique, ethnologique, politique etc. C’est une peinture très sombre de la vie tout aussi sombre et pénible des aborigènes qui ne trouvent pas leur place dans la société. Samson et Delilah partent au moment où, même au sein de leur tribu, il se sentent rejetés. Ils se retrouvent sans rien, ils n’ont plus qu’eux même. Ce qui est atroce c’est qu’ils ne trouveront pas mieux là où ils vont, bien au contraire. La volonté du réalisateur était de nous mettre face à une réalité brute. Il a lui-même été témoin de ce mode de vie aborigène et il n’a pas pour but de l’embellir et le rendre attrayant. Voilà ce qui est et ce n’est pas autrement ! Il arrive à nous communiquer le désespoir des personnages, leur souffrance et leur ennui profond. On peut dire que Warwick Thornton est largement parvenu à ses fins mais il n’est pas évident de dire que ce film est agréable à regarder.
En effet, c’est un film intelligent, dur et réaliste mais cela ne peut pas plaire à tout le monde. Si l’on va voir « Samson et Delilah » ce n’est pas dans l’optique de se divertir. Les dialogues sont quasiment inexistants, les personnages sont peu attrayants physiquement, les scènes sont lentes et l’action et l’intrigue se font bien rares. On peut paraître écervelés lorsque l’on admet ne pas apprécier un film pour les raisons citées au dessus mais on ne peut contrôler son ressenti. Il est vrai que ce film m’a ennuyé et à partir du moment où on voit où l’auteur veut en venir on aimerais ne pas avoir à être témoin de certaines scènes longues et lentes. Pour insister sur la monotonie dans laquelle sont plongés Samson et Delilah, le réalisateur à recourt à de nombreuses répétitions, que ce soit dans la musique où dans les scènes et la figure de style est, certes, très pertinente mais elle n’en reste pas moins agaçante. Le message est très important et très bien illustré mais regarder ce film ne fut pas une partie de plaisir…
« Train de vie » (4/10) (Sorti le 16 septembre 1998)
1941, en Europe de l’Est, les nazis, dit-on, déportent les Juifs vers des destinations inconnues dont ils ne reviennent jamais. Dans un village juif, cette nouvelle fait scandale et les habitants ne sont pas prêts à attendre sans rien faire. Une idée jaillit de l’esprit du fou du village, Schlomo : mettre en place un faux train de déportation et atteindre la Palestine sans se faire prendre… Réussiront-ils parvenir à duper les nazis ?
« Vas, Vis et deviens » (7.5/10)
(Sorti le 30 mars 2005)
1984. Les Etats-Unis et Israël prennent l’initiative d’emmener des milliers de Juifs éthiopiens en terre sainte. Une mère chrétienne prend une décision atroce et risquée : faire passer son fils de 9 ans pour un Juif pour qu’il puisse échapper à la famine, à la mort, et vivre une vie meilleure en Israël. Il y arrive sain et sauf et se fait adopter par une famille française sépharade de Tel-Aviv. Mais si sa mère lui a sauvé la vie, pourra-t-il la vivre sereinement en portant un secret aussi lourd et avec la peur que ses proches le découvrent ?
« Le concert » (9/10)
(Sortie le 4 novembre 2009)
Andrei Filipov était le plus grand chef d’orchestre de l’Union Soviétique à l’époque de Brejnev : il dirigeait le Bolchoï ; aujourd’hui, il est homme de ménage dans ce même endroit. Pourquoi? Il a décidé de ne pas licencier ses musiciens juifs, ce qui fit de lui un hors la loi. Un jour, il intercepte, dans le bureau du directeur, un fax qui convie l’orchestre du Bolchoï à aller jouer à Paris, au théâtre du Châtelet. Plein d’espoir, il décide de rassembler ses anciens musiciens et d’aller à Paris en se faisant passer pour le Bolchoï… Parviendra-t-il à ses fins sans que personne prenne conscience de la supercherie
Si l’on parcourt ces trois films dans l’ordre de production, on remarque une gradation croissante dans l’excellence. Il s’agit, dans les trois cas, de dissimulation d’identité, de secrets, de mensonges, de tentatives de survie et tout cela dans des contextes historiques bien précis. Ils sont tous les trois plein d’invention et représentatifs de l’imagination débordante du réalisateur, mais « bonne histoire » ne rime pas forcément avec « bon film » …
Le bémol concerne le premier film, « Train de vie ». L’histoire est incroyable, décalée, ingénieuse, mais il n’y a pas vraiment d’efforts dans la mise en scène. Les plans sont banals et il n’y a pas de linéarité dans la succession des scènes. Les acteurs ne sont pas excellents non plus. J’avais l’impression, par moments, qu’ils étaient doublés, mais après observation minutieuse de leurs mouvements de bouche, je me suis rendu compte que leurs répliques étaient simplement dites de façon très peu naturelle et sur un ton théâtral. On y trouve cependant beaucoup de comique de situation et des répliques tout à fait délirantes. « Qui veut être nazi ? », demande un rabbin, quand il veut donner les rôles à chacun de ses figurants. Vous serez également surpris de voir une bande de Juifs prier un vendredi soir, pour Shabbat, aux côtés d’une… bande de « nazis » ! Le sujet, terrible s’il en est, est traité de façon très légère ; ces gens-là risquent gros, mais on ne ressent pas une seconde la menace nazie, puisque tout nous est présenté de façon très grossière et fantaisiste. Certains trouvent cela choquant, d’autres, plutôt agréable. Ce film, sans être un fiasco, manque d’élaboration. C’est donc un train que l’on peut ne pas prendre…
Sept ans après vient « Vas, vis et deviens » : un chef d’œuvre ! Toujours dans le cadre de la supercherie, de la dissimulation d’identité, de la tentative de survie, ce film est remarquable. Incroyablement émouvante, l’histoire diffuse un message d’amour et de tolérance. On suit le combat de cet enfant et la recherche de son identité. Il ne sait plus qui il est, qui il voudrait être et ce qu’il doit devenir, et il tente de comprendre le message de sa mère, ce qu’elle lui a dit avant de lui donner sa liberté : « Vas, vis et deviens et ne reviens pas avant ». Cet enfant met longtemps à accepter ce qui lui arrive. Arrivé en Israël, il frise la crise d’angoisse à la vue de l’eau abondante qui est versée sur lui dans la douche et qui disparaît dans un trou. Devant le mur des lamentations, il demande à son père adoptif : « Pourquoi il y a tant de vœux ? Les gens ne sont pas heureux à Jérusalem ? ». Envoyé là-bas pour être heureux, il n’envisage pas de le devenir sans sa vraie mère et dans la peau de quelqu’un d’autre. Cela va lui prendre du temps et c’est l’amour de ses parents adoptifs et de son entourage qui va lui permettre de « devenir »… Malgré sa longueur, le film est excellent : allez-y, vous n’en reviendrez pas !
Le dernier film de Radu Mihaileanu, « Le concert », atteint presque la perfection. Il est à la fois drôle et plein de rebondissements. Tout y est; Histoire, politique, amour, musique, humour, tristesse, bonheur, amitié, fraternité, solidarité, et cetera, et cetera. Les acteurs – que de nouvelles têtes – sont charismatiques. On ne veut pas que le film s’arrête, mais on en sort tout de même heureux, ému, souriant et triste ne pas savoir faire du violon (ah, désolée, mon article devient autobiographique, je ne vous garantis pas ce sentiment !). J’ai mis deux semaines avant de pouvoir pondre un mot sur ce film, parce que, tout simplement, il n’y a rien à dire, tout est parfait. Le réalisateur maîtrise son métier et il sait comment combler les spectateurs et leur donner exactement ce qu’ils veulent. La mise en scène est excellente, les montages sont très inventifs et élaborés et l’histoire, bien ficelée. Tous les musiciens ont des activités différentes, leurs vies ont toutes pris des directions opposées et pourtant ils sont tous là, pour un concert, pour une nuit, autour de cette passion commune qui les rassemble.
Un concert, un changement, un miracle, une parfaite harmonie et… pas une fausse note !
Quand le milliardaire Nerio Winch est retrouvé noyé, beaucoup de questions se posent. On veut savoir ce qui s’est passé, mais surtout qui succèdera au fondateur du puissant groupe W. Sa mort est vite déclarée accidentelle, mais reste le problème de la succession. Nerio avait, semble-t-il, pris ses précautions en adoptant un garçon, une trentaine d’années plus tôt, pour en faire son héritier. Ce dernier, prénommé Largo, n’est pas prêt à faire son entrée dans le monde de l’économie : emprisonné pour possession de drogue au même moment, le jeune rebelle n’a pas le profil de son père. Mais il réapparait, remet en cause la thèse de l’accident… et dérange, car d’autres souhaitaient succéder à Nério Winch.
Eloge à Tomer Sisley
On sait tous que Tomer Sisley est un humoriste, mais on ne sait pas trop ce qu’il fait. Il n’a pas connu le succès d’un Jamel Debbouze ou d’un Gad Elmaleh, mais il est évident que ce film va lui ouvrir beaucoup de portes. Rebelle avec classe, Tomer Sisley/Largo Winch impose sa présence. Malgré l’importante différence physique avec le personnage de BD qu’il incarne, il a tout à fait le profil de « l’héritier malgré lui ». Cet avis est partagé par le dessinateur de la bande dessinée, Jean Van Hamme, qui, lors de l’avant-première organisée par AlloCiné, a salué la prestation de l’acteur. Avec son accent américain parfait, notre héros nous émerveille tout au long du film. De même, le jonglage entre le français, le serbe et l’anglais est très agréable, car il met en valeur un Largo polyglotte et un film finalement universel.
Mélanie Thierry passe de l’ange au démon
On l’a vue cette même année jouer la vierge dans "Babylon A.D", rôle qui lui allait à merveille grâce à sa « blondeur innocente », ses beaux yeux bleus et son regard perdu. Ici, on la retrouve dans un rôle tout à fait différent, on pourrait même dire opposé : la tigresse au double jeu qui ment, qui tue… et qui n’est plus si vierge que cela!
Un film à l’américaine ?
Il est difficile de faire un bon film d’action sans risquer d’"américaniser" la chose. C’était pourtant l’intention de Jérôme Salle lorsqu’il s’est lancé dans ce projet. Il y a vraiment mis du sien, et pour cause : il a pris en majeure partie des acteurs français, a refusé de tourner à New York (là où se trouve le groupe « W » dans la BD) et a favorisé Hong Kong pour poursuivre le boycott. Mais tout cela paraît pourtant inefficace et le film se fait même «traiter » de « James bond à la française », ce qui fait cauchemarder le réalisateur. C’est pourtant justifié : lorsqu’on voit le film, on ne peut que ressentir l’inspiration américaine, des scènes d’action à l’histoire d’amour. On a les cascades, les méchants qu’on croyait gentils, les gentils qu’on croyait méchants, les trahisons, les surprises finales. Bref, chassez l’Amérique et l’Amérique revient au galop ! Les blagues, en revanche, sont bien françaises pour la plupart, peu prévisibles et bien senties. S’il y a bien quelque chose qu’on ne nous volera pas, c’est l’humour français!
Côté structure, les scènes du début sont un peu trop séquencées. On montre des images du passé et du présent simplement pour expliquer la situation au spectateur. Le procédé permet de maintenir le suspense, mais il est légèrement désagréable, car on se sent perdu à force d’être confronté à tant d’informations simultanées. Par la suite, les séquences sont beaucoup plus agréables, quand on commence peu à peu à bien comprendre l’histoire et l’enjeu.
Il n’empêche que le film est vraiment réussi : moment très agréable garanti! Les paysages sont somptueux, les acteurs, surprenants. Tomer Sisley nous hypnotise avec son anglais parfait et sa présence. Mélanie Thierry est belle et féroce. Gilbert Melki est sympathique dans un rôle qui rappelle celui d’Alfred, le majordome de Batman, calme, dévoué et presque un second père. Bref, un film divertissant et captivant grâce à des acteurs bien choisis.
« Le Caire nid d’espions » (sortie le 19 Avril 2006)
« Rio ne répond plus » (Sortie le 15 Avril 2009)
Comme le savent mes lecteurs, j’ai pour habitude de diviser mes articles de la façon suivante : petite introduction charmante et personnelle ; résumé du film plat et impersonnel ; critique passionnante. Et bien là, je me retrouve bien embarrassée, figurez-vous. Je suis là, au beau milieu de mon introduction charmante et je me rends compte que je n’ai aucune envie de faire un résumé des deux volets de OSS 117, parce que l’on est ici face à deux films où l’histoire n’a quasiment aucune importance. En effet, OSS 117 serait plutôt à interpréter comme un long sketch de Jean Dujardin que comme une histoire d’espionnage. Les blagues s’enchaînent à un tel rythme qu’on finit par accorder bien peu d’importance à l’histoire. Ainsi comme OSS 117 représente à mes yeux l’équivalent d’un spectacle humoristique, la critique est d’autant plus difficile à développer. Pire, je ne trouve pas grand-chose à dire dans la partie critique ! Comme je ne peux pas me contenter de mon introduction charmante, même si elle est tout à fait appréciable (Jusqu’à quel point supporterez-vous cet auto-éloge ?), je vais essayer de dire quelques mots sur ces films. Des mots peu nombreux mais qui, je l’espère, vous en diront plus sur le GRAND mystère OSS 117.
Résumé plat, impersonnel et rapide : L’agent OSS 117 ou Hubert Bonisseur de la Bath (Jean Dujardin) est un agent secret, l’arme ultime que le gouvernement français envoie aux quatre coins du monde pour les missions de haute importance. Comme nous le laissent entendre les titres, le premier volet se déroule au Caire et le second à Rio et, à chaque fois, l’agent est accompagné d’une femme plus ou moins haut placée avec qui il est contraint de travailler d’égal à égal, chose difficile pour ce grand macho.
Ce qui m’a paru évident, c’est que le premier volet était nettement moins drôle que le second : il y avait nettement moins de blagues et ces dernières étaient plus faciles et prévisibles. Dans le second, il y ades blagues non-stop. On pourrait penser que ce flot ininterrompu rend le film lourd, mais pas du tout ! Je n’ai pas été lassée un seul instant et j’ai trouvé le film très amusant. Les personnages sont attachants, les blagues peu subtiles et, de ce fait, fort sympathiques ! Blagues racistes, misogynes et jeux de mots faciles : vous allez être servis. Hubert est idiot et complètement à côté de la plaque ; ses réflexions sont décalées et sans intérêt. Il ne sait rien de rien, il est bien français et très peu cultivé: cela rend hilarant son contact avec une culture étrangère. Mais Jean Dujardin est agréable à regarder et son jeu, franchement excellent : j’ai vite pris goût à ses mimiques, à ses costumes kitsch et à sa voix grave digne de celle d’une annonce enregistrée ; je me suis vite laissée abrutir par son sourire « communicatif » et son rire délirant. Plein de méchants, plein de gentils, plein de renversements de situations, plein de quiproquos : bref, beaucoup d’occasions de rire. Et pour ne rien oublier, il me semble important d’ajouter un point, même si, a priori, vous le savez : ce film est à prendre au vingtième degré !
« Where the Wild Things are » (« Max et les maximonstres ») de Spike Jonze.
Sortie le 16 décembre 2009
Max est un garçon très inventif. Il a beaucoup d’imagination et souvent, il s’y enferme, ce qui rend le contact avec les autres on ne peut plus difficile. Il n’a quasiment pas d’amis et cela lui manque cruellement. Il se sent seul, rejeté et incompris. Il s’invente son propre monde dans le monde réel jusqu’à ce que son imagination prenne le pas sur la réalité. Un soir, alors qu’il vient de se disputer avec sa mère, il entre soudainement dans un monde utopique qu’il met en place mais il ne va pas parvenir à y maintenir la paix et il va lui-même y instaurer des limites qui vont le pousser à revenir à la réalité et repartir du bon pied.
Ce film est inventif mais l’imagination qui nous est présentée reste très enfantine, loin d’un "Imaginarium du Docteur Parnassus" de Terry Gilliam ou de "La Science des Rêves" de Michel Gondry. Les personnages sont plus "mignons" qu’ « intéressants » psychologiquement. Mais on n’en reste pas moins surpris par les quelques situations absurdes et étonnantes qu’imagine le jeune homme. Il y a des répliques surprenantes et les maximonstres sont des personnages touchants avec des voix reposantes et attachantes.
Il s’agit d’une réflexion à laquelle s’adonne Max sur lui-même et qui va le faire évoluer. Son voyage imaginaire prend l’aspect d’un conte pour enfant avec sa morale et ses rebondissements, qui mènent à une fin positive.
Le conte / Le film :
(Avis de Pierre Gomel, journaliste en herbe, qui a lu le conte et vu le film)
« Le film est une libre adaptation du conte pour enfant du même nom. Il reprend les mêmes personnages et leur physique mais les scènes sont, pour la plupart, inventées et la psychologie des monstres, créée de toutes pièces. Pour avoir lu le conte quand j’étais enfant, j’attendais beaucoup de ce film et il m’a beaucoup plu »
Il est très intéressant de voir que Max va lui même mettre en péril son monde utopique. Il pourrait très bien demeurer dans le mensonge, se plaire dans un monde parfait où tout va bien et où tout le monde s’aime mais il y introduit des limites, des conflits, des désaccords, certainement parce que la réalité lui manque et qu’il souhaite y retourner.
On peut faire un parallèle (un peu tiré par les cheveux, je l’avoue !) entre ce film et "Lars and the Real Girl" ("Une Fiancée pas comme les autres ") de Craig Gillespie, sorti le 24 décembre 2008.
C’est l’histoire de Lars, un homme cruellement timide et introverti. Un jour il annonce à ses proches qu’il a rencontré sur Internet, une fille prénommée Bianca, et qu’il va bientôt la leur présenter. Tout le monde est aux anges, mais personne ne sait que Lars va leur présenter une poupée gonflable. Le choc est brutal, tous en parlent entre eux mais personne ne veut blesser Lars, qui a l’air heureux pour la première fois. Ainsi, tous jouent le jeu. Un jour, Lars leur déclare que Bianca est très malade et qu’elle va sans doute bientôt s’éteindre. Ce jour là, il avait décidé de revenir à la réalité…
Lars s’est enfermé dans un monde où il est dans une relation très sérieuse avec Bianca, cette femme sublime dont il est tombé amoureux. Elle lui permet de faire de nombreuses connaissances, les gens commencent à lui porter une attention particulière et c’est certainement de cela dont il avait besoin. Ainsi, une fois qu’il a gagné en confiance et qu’il se sent mieux, il n’a plus besoin de s’imaginer une vie amoureuse avec Bianca.
Max, lui, a eu le bonheur de ressentir, pour la première fois, qu’il était écouté et important aux yeux de tous. Il avait un immense besoin de s’exprimer et, en étant le roi, il a pu le faire sans restrictions. Il avait besoin d’être entouré d’amis. Parmi ces derniers, Max s’est projeté sur un certain Carol. Ils ont, à peu près, la même personnalité. Une fois qu’il a été rassasié d’attention, il va donc faire en sorte que Carol mette fin à la cohésion qu’il y avait dans le groupe et s’en va pour retrouver ses proches avec qui, dorénavant, il va tenter de se conduire correctement.
Bref, c’est une aventure peu commune que nous présente Spike Jonze, mais son histoire manque de rebondissements : il ne se passe pas énormément de choses. On ne ressort pas comblé de cette aventure, car l’imagination du jeune homme ne nous captive pas assez. Un film sympa, mais sans plus.
Eric Bishop (Steve Evets) n’a pas une vie très joyeuse. Il vit avec ses deux beaux fils qui filent un mauvais coton. Marié à deux reprises, il est aujourd’hui seul avec un travail à la poste qui ne le l’enchante pas et une fille qui lui reproche de ne pas être assez présent pour elle et sa fille. Ses collègues et amis postiers sont là pour lui et le soutiennent corps et âme mais celui qui va vraiment faire une différence, c’est son idole, Eric Cantona. Il va faire des apparitions dans sa vie et l’aider à reprendre sa vie en main.
L’avant première du film « Looking for Eric » était réservée aux filles. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment. Au départ, j’ai imaginé que Eric Cantona serait là et que c’était un caprice de star de réclamer qu’il n’y ait que des filles dans la salle mais cette idée me semblait légèrement déjantée et puis, de toute façon, Eric n’était pas là. En tout cas, c’était une initiative traumatisante pour tous et surtout pour mes amis de la gente masculine, très mécontents, qui, pour la plupart, m’ont même proposé de venir travesti. Pourquoi tant d’engouement à l’idée de voir « Looking for Eric » ? Pour qui ? Etait-ce pour Ken Loach, réalisateur talentueux et remarquable ? Et bien non ! C’était pour Eric Cantona. Moi, je ne savais pas grand-chose de cet homme, je savais juste que c’était un footballeur mais je le croyais « has been », démodé, et bien non ! Pas du tout ! Il est une véritable légende en Angleterre. Alors pour tous ceux qui ne le connaissent pas et avant d’aller plus loin dans ma critique, Mathieu Hemono responsable du blog sport s’est fait un plaisir de vous le présenter :
King Eric :
A la nuit tombée dans les ruelles de Manchester, et dans celles de toute l’Angleterre, laissez vous aller à une petite promenade. Vous ne pourrez manquer d’entendre, en passant près d’un pub, près d’un bar, une anecdote, un hymne, une ode à Eric Cantona. Ce joueur de foot né à Marseille s’est littéralement élevé au rang de légende en Angleterre, gravant à jamais son nom dans la fabuleuse histoire du football. Au delà du footballeur exceptionnel qu’il était, c’est surtout l’homme qui à marqué les esprits, un homme au caractère bien trempé, un homme fier au torse toujours bombé. Il fit l’essentiel de sa carrière à Manchester United, club avec lequel il fut quatre fois champion d’Angleterre et où du statut du « frenchie » il passa à celui « d’Eric The King ». Son caractère hors du commun et ses réactions disproportionnées et inattendues contribuèrent à forger sa légende. Comment oublier en effet le coup de pied retourné qu’il assenât le 25 janvier 1995 à un supporter qui l’avait insulté, et comment ne pas se souvenir de ce qu’il déclara en conférence de presse suite à cette affaire: « Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est parce qu’elles pensent que des sardines seront jetées à la mer », avant de se lever et de quitter la salle laissant les journalistes un brin amusé et complètement décontenancés. Cantona fut un fantastique joueur de foot, un homme au fort caractère et une légende en Angleterre. Son charisme lui permet aujourd’hui d’entamer une carrière dans le milieu du cinéma, une carrière qui promet d’être belle car Cantona a toujours été très bon pour jouer, sur les terrains de foot, comme en salle de presse…
La vie d’Eric n’est pas rose, il n’a pas de motivation, pas de réelles raisons d’être heureux et d’aller de l’avant. Il est triste, il est seul, ses deux beaux fils le respectent à peine, il est toujours amoureux de sa première femme qu’il a quittée par panique et à cause d’un manque de maturité. Il a plein de regrets, il est au bord du gouffre et c’est pour cela qu’il va se faire coacher par son homonyme Eric Cantona. Les interventions de ce dernier sont quasiment toutes proverbiales, il est un dictionnaire de dictons qu’il dit en français avant de devoir les traduire ensuite dans un anglais très amusant. Des dictons trop métaphoriques et énigmatiques qui ne sont pas toujours les bienvenus. Sa philosophie fait un gros flop mais, au final, il va être d’une grande aide. Il va redonner un sens à la vie de Eric Bishop sa vie, il va être son coach, son meilleur ami, son guide, la réponse à tous ses malheurs.
Eric doit prendre des résolutions et changer de comportement avec son entourage. Il doit s’excuser auprès de sa première femme pour l’avoir quitter lâchement alors qu’elle était enceinte simplement parce qu’il a eu le trac. Il doit être plus présent pour sa fille qui a besoin qu’il prenne soin de sa petite fille pendant qu’elle tente tant bien que mal à poursuivre ses études à l’université et obtenir un diplôme. Il doit s’investir d’avantage dans la vie de ses beaux-enfants car ils sont influençables et fragiles et ils ont besoin d’un père, de quelqu’un pour les élever correctement et les empêcher de prendre un mauvais chemin. On voit donc le rapport d’Eric avec son entourage évoluer tout au long du film grâce au grand Cantona et à ses conseils précieux !
C’est un film très émouvant, drôle, simple. Comme dans « it’s a free world » Ken Loach nous met face à un monde sans ornements, des gens qui tentent tant bien que mal à se forger une place dans la société et qui peinent à le faire. Les personnages sont très attachants. Eric a un groupe d’ami remarquable, des gens simples, fidèles et drôles et même dans les moments difficiles Eric peut compter sur eux, sur leur soutien et leur bonne volonté. Ils sont tous liés par le football, cette passion commune qui les hante, qui leur donne espoir et joie de vivre, il se sentent appartenir à quelque chose en étant supporter de la même équipe. Ils sont comme une famille réunie autour d’un sport qui en devient presque une philosophie et un mode de vie. Une phrase du film résume d’ailleurs très bien leur intérêt pour le football : «You can change your wife, change your politics, change your religion but never can you change your favourite football team ». C’est un film qui fait rire, qui fait réfléchir et qui émeut, c’est une grande réussite !
L’histoire se passe pendant la première guerre du Liban, en juin 1982, quatre soldats israéliens sont envoyés sur le terrain. Ils doivent tout détruire sur leur passage et lorsque l’on a un tank à sa disposition ce n’est pas une chose très compliquée à faire. Pourtant, ce ne sera pas une mince affaire pour les 4 protagonistes que nous observons : ils ne savent pas tuer, ils ne veulent pas tuer et, bien qu’ils soient protégés par cet engin quasi indestructible dans lequel ils se trouve, ils n’ont jamais été aussi effrayés…
Si je compare « Lebanon » au jeu de FPS (First Person Shooter) « Call of Duty » j’imagine que cela vous rendra perplexe. L’un est un film israélien sur la terrible guerre du Liban, l’autre est un jeu vidéo de tir subjectif se déroulant principalement pendant la seconde guerre mondiale. Et pourtant je vous assure que je n’étais pas sous acide au moment de la projection et que ma comparaison a « queue aussi bien que tête ».
C’est en particulier la façon dont ce film a été filmé qui en fait un véritable bijou, une expérience hors du commun. En effet, la plupart de l’action nous est montrée à travers le viseur du tank et les images en deviennent d’autant plus surprenantes. Le spectateur est comme paralysé au milieu de l’action, comme s’il était lui-même acteur de cette guerre et qu’il pouvait à tout moment tirer sur la gâchette. Le tank est cette bulle protectrice qui est le relais entre les soldats et la guerre. Ils peuvent difficilement être atteints physiquement car ils sont « à l’abri », mais psychologiquement, ils n’auront jamais été aussi blessés et c’est ce que le réalisateur aime à montrer.
Ce film impose la compassion aussi bien pour les israéliens que pour les libanais. Les soldats sont là-bas contre leur gré, ils n’aiment pas ce qu’ils font, ils ne comprennent pas ce qu’ils font. Le tank permet de matérialiser l’impasse dans laquelle ils se trouvent, ils sont là, au Liban, sur le point de tuer des milliers de personnes et ils ne peuvent pas faire marche arrière, ils sont coincés et contraints de faire quelque chose qui va les traumatiser. La volonté du réalisateur est de mettre en scène des soldats conscients et sensibles, loin du cliché du soldat assoiffé de violence et sans cervelle tout à fait capable de reproduire ses prouesses aux jeux vidéo dans la vraie vie et tirer bêtement pour «gagner la partie».
On peut facilement considérer que ce film est biaisé, que le réalisateur israélien a voulu représenter les soldats comme des marionnettes passives et manipulés, des gens qui subissent la guerre au même titre que les libanais. Mais ce qu’il faut savoir c’est que Samuel Maoz s’est retrouvé dans la même situation que ces soldats en 1982, il avait 20 ans, il a été envoyé faire la guerre au Liban et a du tuer pour la première fois de sa vie. Le réalisateur veut nous raconter son histoire une vingtaine d’années plus tard ; résultat : une belle thérapie et un beau film.