Archive | octobre, 2010

"Allô t’es où ?"

31 oct

« Buried » de Rodrigo Cortès
Avec Ryan Reynolds (Paul Conroy)

Paul expérimente un réveil assez brutal, il ouvre ses yeux dans un cercueil, dommage pour lui. Paul ne comprend pas bien, nous non plus d’ailleurs, mais « bonheur ! » Paul est accompagné d’un portable à moitié chargé et un zippo : que demander de plus dans un cercueil ?  « Une perceuse ! ? » – « Un sandwich ?! » Soyez coopératif, nous manquons de temps ! En effet, dans une tombe, l’oxygène est une denrée rare et ce n’est pas comme si les 1h35 allaient être de tout repos et sans évènements inattendus et accidents malencontreux. Et oui ! Même enterré vivant il peut nous arriver tout un tas de malchances aggravantes …

 J’avais vraiment hâte de voir « Buried ». Ca faisait un bon moment que j’avais pris connaissance de la bande annonce et l’attente devenait longue. Par contre, lorsque j’en parlais autour de moi, que je faisais part de mon impatience à mes amis et que je tentais de les faire jubiler à leur tour, c’était un échec :

« – Ca à l’air sensas’ c’est l’histoire d’un mec qui est enterré vivant, il a un portable et un briquet et nous on est enfermé avec lui pendant 1h35 et c’est le seul acteur qu’on voit !!! »
« – Non mais attend ça à l’air horrible ton truc ! »
« – Je comprend pas pourquoi tu dis ça … »

Moi je restais persuadée tout en me référant à l’épisode des experts fait par Quentin Tarantino où l’un des personnages se retrouve enterré vivant et en streaming afin que ses collègues cherchent des indices pour le retrouver : un épisode tout à fait génial !

Pourtant devant le film, j’ai expérimenté un véritable malaise, j’avais mal au ventre, j’avais chaud, j’étais pressée que ça finisse et j’ai même réussi à m’ennuyer… Je n’avais pas réussi à concevoir tout ce qu’implique un huis-clos dans un cercueil.

Ce qui est sûre c’est que l’expérience vaut le détour ne serait-ce que pour alimenter votre curiosité car c’est bien du « jamais vu » que Rodrigo Cortès vous fait voir. Ainsi je ne laisserais pas mon expérience personnelle prendre le dessus sur mon objectivité et je dirais que ce film est original par la façon dont il est filmé et les paysages qu’il met en scène … Il est intéressant lorsqu’il critique l’hypocrisie de certains employeurs et hommes d’état. Et bien sûr, il offre des sensations singulières qui vous empêcheront de rester en place : les éléments perturbateurs sont nombreux et on est souvent surpris par de nouveaux détails qui viennent s’ajouter à l’intrigue.

Des rebondissements, un dénouement intéressant mais aussi un enfermement pour le spectateur : préparez-vous à l’expérience « Buried ».
 

Sarah Rashidian

A la recherche du temps perdu

30 oct

« L’homme qui voulait vivre sa vie » de Eric Lartigau
Avec Romain Duris (Paul Exben), Marina Foïs (Sarah Exben), Catherine Deneuve (Anne) et Niels Arestrup

A première vue, Paul Exben est un homme comblé. En effet, riche avocat vivant dans la banlieue chic de Paris, marié, deux enfants, il pourrait faire beaucoup d’envieux. En pourtant le plus envieux c’est lui, sa vie à allures idéales ne lui convient plus. Un accident malencontreux va être l’élément déclencheur qui le mènera à fuir à la recherche de la vie qu’il a toujours voulu. Mais changer d’identité ce n’est pas toujours facile, il est loin de concevoir tous les éléments qui vont faire obstacle à sa liberté et son bonheur.

        Inspiré du roman éponyme de Douglas Kennedy, le film d’Eric Lartigau est un ensemble de bonnes choses. Il y a ce côté touchant qui émane du mal-être intérieur du personnage principal, de sa manière de gérer son ancienne et sa nouvelle vie et de ses motivations et aspirations. Romain Duris joue avec brio l’homme torturé et paumé à la recherche d’une nouvelle identité, d’un sens pour sa vie décevante.

        Marina Fois qui interprète Sarah, la femme du personnage principal, est tout autant émouvante, cette fois dans le rôle d’une femme qui a abandonné sa vie de couple et qui s’est faite abandonnée elle-même par l’homme qu’elle a aimé autrefois. Une femme qui regarde son mari exceller dans un métier noble et plein de mérite alors qu’elle est contrainte à rester à la maison pour s’occuper de ses enfants, une occupation tout aussi noble mais qui a su l’épuiser et lui faire regretter son indépendance, elle non plus ne vit pas la vie dont elle avait rêvé. Bien qu’elle ne soit pas entièrement à blâmer pour la mauvaise entente entre elle et son mari, cette femme paraît très coupable et antipathique dans le film et il est difficile de la porter dans son cœur.

Il y a également le côté captivant et intriguant qui n’est pas sans rappeler Hitchcock ou encore Kafka. Cela correspond à tous les moments où Paul se transforme en véritable agent secret pour réussir à dissimuler tout ce qui est dissimulable. Le mystère qu’il dégage est très intense et il apprend à se faire petit et à être discret comme un vrai pro’. C’est le genre de changement radical que l’on peut retrouver dans des films comme "A Vif" de Neil Jordan("The Brave one") ou encore "Death Sentence" de James Wan bien que dans ces deux cas le changement soit motivé par la revenche, dans "L’Homme qui voulait vivre sa vie" ce n’est pas le cas.

       Il y enfin le côté profondément intéressant qui émane du sujet du film : la recherche du bonheur, de l’identité, les responsabilités qu’imposent la vie de famille, les choix difficiles et cruciaux. La position dans laquelle se trouve Paul est profondément gênante et il nous fait bien ressentir son malaise. Chaque évènement qui s’inscrit dans sa vie est raconté de façon à ce que l’on puisse saisir sa symbolique et son importance, et surtout le rôle qu’il a joué dans l’évolution incroyable de Paul Exben.

        Eric Lartigau a choisit de ne pas raconter l’histoire de cet homme comme elle se présente dans le roman. Il a changé des détails et surtout, il s’est arrêté bien avant la fin. Ce choix, bien qu’il ait réussi à le justifier en disant qu’il a voulu laisser les options ouvertes, m’a laissé frustrée et insatisfaite une fois la projection terminée. Certes, ce que va vivre cet homme est incroyable, certes les images sont sublimes, les paysages aussi mais lorsque la fin est trop ouverte le film peut en pâtir. J’aurais voulu l’entendre raconter son histoire à quelqu’un, j’aurais voulu savoir ce qu’il ressentait vraiment vis-à-vis de ce changement radical, plus de questions, plus de réponses, voilà ce qu’il manquait.

C’est un bon film qui perd de sa valeur à cause d’une fin frustrante qui donne lieu à de trop nombreuses questions sans réponses.

La vidéo de l’avant-première :

Sarah Rashidian

 

Potiche ou pas Potiche ?

23 oct

A l’occasion de la sortie du nouveau film de François Ozon, "Potiche", répondez à ce questionnaire pour savoir à quel personnage du film vous ressemblez le plus !

http://www.sortiescinema.net/potiche/questionnaire_v09.swf

"I am very lucky to have my crew"

15 oct

"Les petits mouchoirs" de Guillaume Canet
Avec François Cluzet (Max Cantara), Marion Cotillard (Marie), Benoît Magimel (Vincent Ribaud), Gilles Lellouche (Eric),  Jean Dujardin (Ludo), Laurent Lafitte (Antoine), Valérie Bonneton (Véronique Cantara), Pascale Arbillot (Isabelle Ribaud), Joel Dupuch (Jean-Louis), Anne Marivin (Juliette).

Ce film raconte l’histoire d’un groupe d’amis, touchés par un évènement bouleversant, qui décide tout de même d’aller au bord de la mer tous ensemble comme ils ont coutume de le faire chaque année. Faire comme si de rien était, c’est bien gentil, mais cette année là, rien ne sera comme avant…


     

Affiche du film

Dans la lignée des « films de potes », Guillaume Canet frappe très fort. Il étale son film sur 2h25 afin de permettre au spectateur d’être envoûté. Et envoûté il est le spectateur, il a bien le temps de s’imprégner de l’ambiance folle qui habite la maison de vacance, de s’attacher à chacun des personnages et de prendre des vacances lui aussi !
      Le film de Guillaut Canet est un « feel-good movie » parsemé d’éléments perturbateurs beaucoup moins gais. La partie « feel-good » est alimentée par des délires, des situations irrégulières à la chaîne, des personnages un peu dérangés, des amis pour la vie, des liens forts très bien traduits à l’écran.
      Guillaume Canet parle de ce film comme de son bijou le plus personnel et le plus important. Il s’est en effet inspiré de sa propre vie, de ses amis et de certains évènements qui l’ont marqués et ça donne un résultat touchant et tout à fait remarquable.
      C’est un film qui a très peu de défauts, un mélange d’excellentes choses, beaucoup d’humour, beaucoup d’amour, beaucoup de tristesse et de stress ! On ne s’ennuie pas, on est captivés du début à la fin sans pour autant qu’il y est un suspense increvable car le film raconte un quotidien, celui de ce groupe d’amis en vacance, rien d’extraordinaire ou d’innovant, juste des liens forts et des épisodes amusants.
     

Gilles Lelouche et Louise Monot

Guillaume Canet s’est certainement inspiré d’une série de films américains. C’est une remarque assez rabat-joie, moi-même je m’aime moins lorsque je viens à faire cette remarque mais je n’arrive pas à remettre en cause sa véracité. Impossible de ne pas voir l’influence américaine dans un « Arnacoeur », un « 99 Francs », un « Largo Winch » ou ces « Petits Mouchoirs ». C’est comme ça. Les américains sont précurseurs dans beaucoup de choses et leurs méthodes cinématographiques et leur humour bel et bien unique est enviable et source d’inspiration pour beaucoup.
      Que ce soit la musique, très bien choisie, les situations décalées ou encore certaines répliques, l’influence saute aux yeux. Mais le film reste bien « français », de la personnalité des personnages à leurs activités et leurs relation, on retrouve l’ « ambiance » franchouillarde que l’ont aime et connaît si bien.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré « Les Petits Mouchoirs », c’est une concentration d’une multitude de bonnes choses et 2h25 très bien dépensées !

Sarah Rashidian



The Day Facebook Was Born

8 oct

The Social Network, de David Fincher
Avec Jesse Eisenberg (Mark Zuckerberg), Justin Timberlake (Sean Parker), Andrew Garfield (Eduardo Saverin).

 

Mark Zuckerberg (Jesse Eisenberg) est étudiant à Harvard, il est brilliant et il le sait. C’est un génie de l’informatique et c’est en 2003 qu’il lui vient à l’idée de créer un site du nom de « Thefacebook » qui deviendra le « Facebook » que tout le monde connaît aujourd’hui : un site où chacun peut créer sa page perso et permettre à ses « amis » d’y accéder. Le Site a un succès monstre et les inscrits atteignent rapidement le million. Mark et son meilleur ami et co-fondateur Eduardo Saverin (Andrew Garfield) ont du mal à réaliser ce qui leur tombe dessus. Mes les festivités seront écourtées par plusieurs obstacles conséquents qui viennent croiser leur chemin : trois autres étudiants de Harvard prétendent que Mark leur a volé l’idée du site, l’amitié d’Eduardo et Mark est mise en péril à cause de conflits d’intérêts, bref, le film retrace toutes les complications auxquelles les inventeurs de « Facebook » ont dû faire face à ses débuts.

Malgré les nombreux passages incompréhensibles pour la population non-geek lambda, le film est très intéressant et très divertissant. C’est un film drôle, qui nous offre certaines scènes sublimes et des images très belles. C’est une succession de scènes très rythmée par des dialogues vifs et une bande originale entraînante. Permettez moi de faire un pause sur les acteurs, tous épatants :

- Justin Timberlake, chanteur qui s’exerce de plus en plus au métier d’acteur, a su nous épater avec sa performance dans « Alpha Dog » de Nick Cassavetes ou encore dans « Black Snake Moan » de Craig Brewer où il joue un personnage sévèrement stressé, un rôle qui l’éloigne de l’image qu’il répand.

- Andrew Garfield que l’on peut qualifier d’un nouveau venu car il est apparu au cinéma pour la première fois en 2007 dans « Lions for Lambs » ("Lions et Agneaux") aux côtés de Robert Redford, Meryl Streep et Tom Cruise. Et ce n’est qu’en 2009 qu’il a un premier rôle dans l’excellent « Boy A » de John Crowley pour lequel il recevra le prix du meilleur acteur au British Academy Television Award. « The Social Network » n’est que sixième film et on peut deviner que la carrière de ce dernier ne fait que commencer.

- Enfin, Jesse Eisenberg, qui interprète le génie qu’est Mark Zuckerberg, n’a pas une filmographie très palpitante ni des premiers rôles qui valent de l’or. Il a joué dans des films intéressants comme «  Le Village » de M. Night Shyamalan sortie en 2004 ou encore « Les Berkman se séparent » (The Squid and The Whale) de Noah Baumbach sortie en 2006 mais ce n’est pas sa performance qui aura marqué les esprits. Par contre, il est réellement impressionant dans « The Social Network » dans le rôle du geek, surdoué, exaspérant et nombriliste et c’est sans doute la première fois que son jeu d’acteur est aussi marquant.

On l’aura compris, ce film devra son succès en partie aux acteurs talentueux qui y jouent. Mais « The Social Network » ce n’est pas seulement ça, c’est aussi un film qui traite d’une entreprise qui nous est tous familière ce qui rend le film d’autant plus captivant. On nous donne la possibilité de voir les dessous d’un travail fascinant sous la forme d’une fiction amusante. Non pas que je prône le fait que ce ne soit pas un documentaire qui nous retrace les débuts de facebook ou bien que je rejette les documentaires de ce genre mais le support fictionnel me semble souvent beaucoup plus intéressant et surtout plus accessible pour rendre compte d’une situation et informer les spectateurs.

Visionner « The Social Network » était vraiment une partie de plaisir, aller sur facebook juste après, un peu moins mais, en somme, un bon moment divertissant. 

Sarah Rashidian

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