The Tree of life de Terrence Mallick
Sortie le 18 Mai 2011
J’étais très enjouée à l’idée de voir le nouveau film de Terrence Malick, peut-être pas pour Terrence Malick lui-même mais davantage pour voir jouer les excellents acteurs que sont Brad Pitt et Sean Penn. Pour le reste, j’avais oublié le sujet, la bande annonce, tout. Autant vous dire que je ne suis pas sortie dans le même état qu’à l’arrivée…
Vous pensez bien que, n’ayant aucune idée de ce que j’allais voir, je me suis retrouvée bien chamboulée lorsque j’ai vu débarquer, après 35 minutes d’images « thalassesque », un Dinosaure ! J’étais dans l’incompréhension la plus totale.
Pourquoi ? Pourquoi suis-je en train de regarder des poissons, des algues et des volcans alors que je voulais des dialogues, des interact
ions, et du Brad Pitt à haute dose ? Pourquoi cela fait plus d’une demi-heure que personne ne parle hormis une voix-off agaçante qui parle comme un générique de film apocalyptique ? Pourquoi n’ai-je pas revu le nouveau monde avant de venir pour me rappeler que Terrence Malick est passionné par la nature, qu’il ne place les acteurs qu’en seconde position et qu’il communique tout à travers les images plutôt qu’à travers les mots ?
Ces scènes sont grandioses, vraiment, il s’agit d’images qui en mettent plein la vue, des couleurs pénétrantes, des effets singuliers et un tout très émouvant car il constitue ce qui nous entoure ou nous a entouré. Mais on ressent par moment que le réalisateur se joue de nous. C’est comme s’il avait toujours voulu tourner un film sur les origines du monde ou un documentaire animalier et qu’il a décidé de matérialiser ce désir et de l’introduire dans son film de façon quelque peu bancale. Le spectateur peut difficilement être assez préparé, il tombe des nues.
C’est le g
enre de film qui nécessite une analyse personnelle lorsque l’on sort de la salle. L’intention du réalisateur est claire, pour décrire la vie de cette famille et les relations que chaque membre entretient les uns avec les autres, il avait besoin d’encrer l’histoire au sein de l’univers dans sa totalité. Il avait besoin de nous montrer l’infiniment grand, nous plonger dedans, nous assommer avec, afin que l’on puisse apprécier et relativiser l’infiniment petit. Même la scène du Dinosaure est compréhensible après mûre réflexion. Un Dinosaure s’approche d’un autre et écrase son visage avec sa patte. Quelques secondes après il se retire et s’en va. Ainsi, cela montre que dès l’origine il était envisageable d’aimer et de faire du mal à la fois et c’est exactement la position complexe du père et de Jack qui s’aiment parce qu’ils sont de la même famille mais qui se font du mal car ils ne savent pas vivre ensemble. L’un est trop autoritaire et ne sait pas aimer comme il se doit, l’autre a besoin de trop d’amour et ne peut pas comprendre la différence de comportement entre ses deux parents.
Heureusement, la partie qui concerne la vie de cette famille des années 50, qui n’occupe que 3/8e de la longueur du film, est relativement claire et même très intéressante. En effet, les difficultés qu’éprouve un premier né à s’accoutumer à la venue de ses petits frères et à accepter de partager l’amour de sa mère est un sentiment passionnant à raconter et à filmer. Les relations père-fils compliquées sont égalem
ent parfaitement représentées et interprétées. Brad Pitt est excellent en père autoritaire, injuste et bipolaire. Et son fils aîné, Jack, interprété par Hunter McCracken, parvient à nous communiquer magnifiquement la haine, l’envie, la tristesse et l’incompréhension. Quand à la mère, elle est sublime, douce, fragile, touchante et pleine de gentillesse, elle est un atout majeur.
C’est donc un film dont je respecte l’esthétique, mais qui a su m’ennuyer profondément, m’énerver et me décevoir et que je ne souhaiterais jamais revoir.
Sarah Rashidian