Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin
Avec Elizabeth Olsen (Silent House – 2012), John Hawkes (Contagion – 2011), Sarah Paulson (Happy New Year – 2011), Hugh Dancy (Oh My God ! – 2011)
Martha est une jolie jeune fille qui vient de fuir une secte qui ne lui convenait plus, menée par un homme qu’elle aimerait oublier. Elle vient à demander de l’aide à sa sœur Lucy à qui elle n’avait pas parlé depuis bien longtemps sans lui dire ce qui lui était arrivée. Lucy l’accueille dans sa maison de vacance où elle se trouvait avec son mari, joyeuse à l’idée de pouvoir reconstruire quelque chose avec sa sœur. Mais Martha à changé, elle ne mange presque pas, elle est souvent désagréable et impulsive, c’est comme si elle ne savait plus vivre en société. Martha est perdue, elle n’arrive pas à se sentir bien chez sa sœur pensant que les gens de sa secte la recherche, plus le temps passe, plus la paranoïa s’empare d’elle, plus son comportement se dégrade …
http://www.allocine.fr/blogvision/19299408Martha Marcy May Marlene
Sous ce titre intriguant se cache l’histoire d’une jeune fille qui se cherche et ne se trouve pas, une fille qui n’est pas heureuse. Née en Martha, devenu Marcy May lorsqu’elle a rejoint la secte et parfois Marlene lorsqu’elle devait protégée sa fausse identité, peu importe le prénom ou le lieu, elle ne comprend pas, elle n’est pas à l’aise, elle n’est pas satisfaite. La vie en communauté au sien de la secte s’est avéré être une dictature qu’elle ne supporte pas. La représentation même de la fermeture d’esprit alors que le contraire y est prôné. Une vie où ses libertés de gestes et d’expression sont en fait des libertés contrôlées et décidées d’avance, quelle contradiction ! « Une contradiction », voilà comment on pourrait analyser l’esprit de Martha. Elle veut être libre mais n’a pas de ressources et quand on lui propose de s’autogérer au sein d’une communauté elle n’est pas prête à accepter les sacrifices contraignants qui lui sont demandés. Et elle réalise tout cela bien trop tard…
C’est un très beau film qui offre des acteurs très convaincants et une mise en scène remarquable. L’idée fut de mêler des images de sa vie en communauté au sein de la secte à des images de sa « nouvelle vie » et le résultat est époustouflant tant les deux modes de vies sont différents. Voici donc les deux points forts. Pour le reste, l’histoire est intéressante puisqu’il s’agit de la recherche d’identité, un sujet inépuisable qui peut tous nous concerner et elle soulève aussi la question des normes. Qu’est ce qui est normale ? Doit-on respecter à la lettre ce que l’on nous a inculqué ? Notre éducation considérée « basique », « internationale » et « normale » l’est elle vraiment ? Pouvons-nous imaginer vivre à l’écart de la société et être heureux ? Toutes ces questions, le film n’y répond pas, il n’y a d’ailleurs pas de réponse, mais elles sont soulevées et bien traitée grâce à la mise en scène de cette histoire singulière d’une jeune femme perdue qui a su expérimenter deux modes de vie très différents et qui n’a réussie à trouver sa place dans aucun d’eux.
Pour finir, Baudelaire à évoquer la question de la recherche de soi et de l’appartenance de tout un chacun au monde dans lequel nous vivons, et dans « Le Spleen de Paris » cela donne naissance à un splendide poème que mon ami Khalid Braik a porté à mon attention après avoir vu ce film avec moi pour exprimer ce que le film lui a inspiré :
Anywhere out of the world
(N’importe où hors du monde)
Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu’il guérirait à côté de la fenêtre.
Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme.
«Dis-moi, mon âme, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d’aller d’habiter Lisbonne? Il doit y faire chaud, et tu t’y ragaillardirais comme un lézard. Cette ville est au bord de l’eau; on dit qu’elle est bâtie en marbre, et que le peuple y a une telle haine du végétal, qu’il arrache tous les arbres. Voilà un paysage selon ton goût; un paysage fait avec la lumière et le minéral, et le liquide pour les réfléchir!»
Mon âme ne répond pas.
«Puisque tu aimes tant le repos, avec le spectacle du mouvement, veux-tu venir habiter la Hollande, cette terre béatifiante? Peut-être te divertiras-tu dans cette contrée dont tu as souvent admiré l’image dans les musées. Que penserais-tu de Rotterdam, toi qui aimes les forêts de mâts, et les navires amarrés au pied des maisons?»
Mon âme reste muette.
«Batavia te sourirait peut-être davantage? Nous y trouverions d’ailleurs l’esprit de l’Europe marié à la beauté tropicale.»
Pas un mot. — Mon âme serait-elle morte?
En es-tu donc venue à ce point d’engourdissement que tu ne te plaises que dans ton mal? S’il en est ainsi, fuyons vers les pays qui sont les analogies de la Mort. — Je tiens notre affaire, pauvre âme! Nous ferons nos malles pour Tornéo. Allons plus loin encore, à l’extrême bout de la Baltique; encore plus loin de la vie, si c’est possible; installons-nous au pôle. Là le soleil ne frise qu’obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumière et de la nuit suppriment la variété et augmentent la monotonie, cette moitié du néant. Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d’un feu d’artifice de l’Enfer!»
Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie: «N’importe où! N’importe où! Pourvu que ce soit hors de ce monde!»
[Baudelaire Out.]
Sarah Rashidian



